Arrêtons la clim, peignons nos toits en blanc !

Face au réchauffement climatique et à la nécessité de réduire nos émissions de CO2, la climatisation pose un vrai problème. Maxime Claval tient un début de solution : repeindre les toits en blanc !

Maxime Claval
Maxime Claval - Fondateur d'Aircool (Source : Ouest France)

Interview et article réalisés par Stéphanie Henrion et Valentin Worms

Publication le 18 février 2021

“Quand le soleil chauffe, la membrane bitumineuse peut monter jusqu’à 70°C ce qui entraîne une forte augmentation de la température à l’intérieur du bâtiment, jusqu’à 7°...”

Maxime Claval

Maxime, entrepreneur nantais, sait de quoi il parle ! Ingénieur de formation et spécialiste en thermique du bâtiment, il a travaillé en bureau d’études pendant 4 ans sur des audits énergétiques. Il a aussi jonglé avec les températures chez Qivivo, une startup qui propose un thermostat connecté et intelligent avant de travailler pour l’un des principaux acteurs engagés sur les énergies vertes en France : Enercoop. Bref, les questions d’énergie et de chaleur des bâtiments, c’est son expertise. 

Pour les profanes, Maxime explique que dans nos villes, les toits de bâtiments demeurent tristement noirs, alors que cette couleur est réputée pour absorber la chaleur émise par les rayons du soleil. A l’opposé, le blanc renvoie une partie des rayons et donc limite l’absorbtion de chaleur. Autrement dit, c’est le même principe que de porter un T-shirt blanc durant l’été pour avoir moins chaud. Un geste simple et efficace.

Plusieurs études – les plus connues en Inde, en Californie et à New-York par exemple – ont montré qu’en peignant les toits en blanc, leur température peut baisser de 30° et que l’on peut ainsi diminuer l’utilisation de climatisation de 40%. Soit un effet gigantesque à l’échelle de l’ensemble des bâtiments que comptent nos villes, toujours plus étendues. C’est aussi et tout simplement une technique ancestrale en Grèce et au sud de l’Europe. 

En 2019, Ban Ki-moon, ancien secrétaire général de l’ONU, a fait grand bruit autour de cette solution en citant l’exemple du projet testé à Ahmedabad dans le nord-ouest de l’Inde sur la BBC. Est-ce cette interview qui a convaincu Maxime de passer à l’action ? Pas uniquement !

“J’ai toujours lié mon travail avec l’écologie. Mais quand mes filles sont nées en 2016 et en 2020, j’ai commencé à réfléchir beaucoup plus loin dans le futur. Si tout va bien, elles vont vivre jusqu’en 2100 : je veux faire quelque chose à ma petite échelle.”

Maxime Claval

C’est donc plutôt une contribution individuelle concrète sur son cœur de métier qui a poussé Maxime à créer l’entreprise Air Cool mi-2019. 

Le toit classique, en résine bitumineuse noire vs le toit repeint en blanc

Au fait, quels problèmes posent la climatisation dans la lutte contre le réchauffement climatique ?

La climatisation fonctionne sur un principe de refroidissement de l’air par un fluide frigorigène. Ceux-ci s’échappent dans l’atmosphère. Ces émissions de fluide frigorigène s’élevaient à 5,4 millions de tonnes/équivalent CO2 en 2009, selon l’ADEME. De plus, en rejetant de l’air chaud à l’extérieur du bâtiment, les climatiseurs participent au réchauffement global et contribuent à faire monter la température encore davantage. Le cercle vicieux. (Plus d’informations sur cet article Numerama)

L’utilisation de la climatisation a un autre impact non négligeable bien qu’indirect : plus on utilise la climatisation, plus on consomme d’électricité… Selon l’ADEME, l’usage de la climatisation représente 5 % de la consommation d’électricité des bâtiments. Malheureusement, le parc de bâtiments climatisés encore restreint en France est en augmentation constante. Près d’un quart des surfaces à usage tertiaire sont équipées de climatisation. Toute énergie consommée s’ajoute à notre impact environnemental global.

Un prix de l’électricité qui augmente 

Dans le secteur tertiaire d’ailleurs, l’augmentation de la consommation d’électricité pose aussi un problème économique. Pour les grandes et moyennes surfaces, la facture augmente. Elles sont de plus en plus dépendantes de la climatisation pour faire face à l’augmentation des températures due au réchauffement climatique et aux canicules qui se multiplient. D’autre part, elles voient le prix de l’électricité grimper. Selon Eurostat, le prix de l’électricité a augmenté de 47% en 12 ans (de 2003 à 2015). Cela risque de continuer en France, notamment dû aux investissements nécessaires dans les Énergies renouvelables et de Récupération (EnR&R) et à notre parc de centrales nucléaires vieillissant. 

Archipel de Santorin en Grèce - Les maisons sont peintes en blanches pour lutter contre la chaleur

Création d’Aircool

Maxime décide donc de s’attaquer à ce problème en reproduisant une solution déjà éprouvée à travers le monde. Il se fixe deux objectifs de faire changer les habitudes et de réduire par deux la consommation de clim sur les bâtiments tertiaires. 

Sa première action a été de comprendre pourquoi la technique des toits peints à la peintures réfléchissantes, connue et simple, n’était pas utilisée à grande échelle en France. La méthode est pourtant utilisée depuis 20 ans aux Etats-Unis. Ainsi Walmart, premiere chaîne de supermarchés dans le monde, a repeint 90% de ses toitures en blanc aux Etats-Unis. Maxime nous confie que c’est surtout le poids de l’habitude : “Depuis 100 ans, on utilise des membranes bitumineuses, c’est-à-dire du pétrole, pour créer une surface d’étanchéité. C’est très facile à mettre en œuvre, ça ne coûte pas cher. Jusqu’à récemment, on ne réfléchissait pas à la problématique climatique et à la question de la surchauffe des bâtiments.”

Pas de grande invention donc : Plutôt que de se lancer dans la production d’une nouvelle peinture, Aircool achète cette peinture spécifique, la vend et l’applique. Son modèle économique est clair et souple. Maxime a fait le choix de démarrer seul et de prouver son concept.

Pas besoin de beaucoup d’argent ou d’un grand réseau pour se lancer !
 

Pour tester l’intérêt pour son service, Maxime adopte une approche simple. Il utilise son profil Linkedin en postant une annonce à destination des dirigeants d’hypermarchés souhaitant agir pour la planète tout en limitant la facture énergétique.. La suite est enthousiasmante : beaucoup de retours et notamment des demandes de devis. Il crée un site web par le biais d’un logiciel no-code (qui ne requiert pas de compétences spécifiques) pour mettre en avant sa proposition. Pour la promotion, il réalise des publications dans des médias grands publics et spécialisés qui lui permettent d’obtenir des premiers rendez-vous avec des hypermarchés.

Maxime fait son comparatif des peintures disponibles et des solutions proposées sur le marché. Il fait le choix d’acheter une peinture blanche ultra-réfléchissante qui reflète les rayons du soleil, notamment les infra-rouges et les ultraviolets, fabriquée en France. Il trouve aussi les peintres. La suite est assez simple : peindre les premiers toits ! Rendez-vous pris dès la fin de l’hiver.

Transparent, Maxime nous confirme être pour l’instant payé par Pôle Emploi, comme de nombreux entrepreneurs dans la phase de création de leur entreprise. Il n’exclut pas de faire un prêt pour financer les délais de paiement mais les clients devraient suffire à financer la suite. L’intérêt est là et la solution a fait ses preuves. Pourtant, il faut faire changer les habitudes des dirigeants d’hypermarchés, ce qui n’est pas toujours simple comme il nous le confie. L’argument économique, de taille, l’aide cependant beaucoup.

Pour l’aider à développer son projet, Maxime commence à regarder au loin et recherche un.e confondateur·rice pour l’accompagner dans cette aventure sur les volets commerciaux et marketing. Si vous voulez vous lancer dans l’entrepreneuriat sur la transition énergétique, contactez le ! 😉

Toute l’équipe Impact 13 lui souhaite le meilleur pour teinter nos villes de blanc !

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Suis l’aventure Impact 13

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