BioDemain, cette marque qui aide les agriculteurs à passer au bio

Pour un agriculteur, se convertir au bio est loin d’être simple comme bonjour. Ce n’est qu’au bout de deux à trois ans à cultiver selon les règles de l’agriculture biologique qu’il pourra bénéficier du label bio. Pour faciliter cette transition, BioDemain achète la production des agriculteurs à un prix juste pour la revendre sous forme de produits d’épicerie.

Vidéo proposée par Antinéa Esteban et Simon Gadrey

Interview et article réalisés par Valentin Worms

Publication le 18 février 2021

On pourrait penser qu’il s’agit uniquement de changer de semences mais le processus prend du temps. Maxime Durand, co-fondateur de BioDemain nous explique, que ce que l’on appelle la conversion biologique prend deux à trois ans. En effet, pendant cette période, les fruits et les légumes récoltés ne sont pas encore considérés comme bio et la quantité produite diminue. C’est pourquoi Maxime et son associé, Stéphane Delebassé, développent depuis début 2019 une marque responsable, appelée BioDemain, qui vise à soutenir la transition des agriculteurs vers l’agriculture biologique.

“J’ai mon grand-oncle André, qui était agriculteur en Bretagne et qui était en train de passer au bio. Malheureusement il s’est heurté à la conversion (au bio), ça a été très dur pour lui. Il a eu de gros problèmes financiers et il n’a pas réussi. Il a dû revendre sa ferme et se reconvertir (dans un autre métier).
Avec Stéphane ça a vraiment été un choc de se dire, comment c’est possible, dans le contexte écologique actuel, que des agriculteurs qui veulent faire le bien se retrouvent limités par cette période qui les empêche financièrement de passer au bio. C’est comme ça qu’on a lancé BioDemain."

Maxime Durand

Il y a une quinzaine d’années, manger bio, c’était presque être un activiste, tant cela restait minoritaire dans l’alimentation des français. Pourtant, à force de scandales comme celui sur l’utilisation massive du Glyphosate (cet herbicide cancérigène largement utilisé dans l’agriculture), l’agriculture biologique a fait son chemin. Manger bio c’est limiter les risques liés aux pesticides pour soi, pour les agriculteurs mais aussi pour la biodiversité. A cette prise de conscience s’est ajoutée, pour beaucoup, une volonté de manger plus local pour limiter l’empreinte carbone des produits dégustés, ce qui a poussé au renforcement des circuits courts. 


Pas assez d’agriculteurs certifiés agriculture biologique en France pour répondre à la demande

Les hypermarchés s’y sont mis à 200% et on finit par s’y perdre entre bio français et bio étranger. La réalité est qu’à l’heure actuelle, les agriculteurs français ne peuvent répondre à la demande croissante de fruits et légumes certifiés agriculture biologique. Pour donner un ordre de grandeur, la demande en produits alimentaires bio a doublé pour atteindre 11,2 milliards d’euros en 2019  (Source : Agence Bio). Le bio représentait 179 500 emplois directs en 2019, en hausse de 15% par rapport à 2018. Les surfaces agricoles biologiques ont aussi doublé en 5 ans. 

Tous les produits ne sont pourtant pas logés à la même enseigne. Alors que la quasi-totalité des vins, œufs, produits laitiers et viandes bio consommés en France ont été produits dans le pays, c’est le cas pour seulement 78% des légumes et seulement 44% des fruits. Le reste provient soit de l’Union Européenne, soit du reste du monde. 

Origine des approvisionnements selon les produits bio en 2019 (Agence Bio)

Pour répondre à cette importante demande, l’objectif de la France avec son programme Ambition Bio est de passer de 6,5% à 15% de surface agricole d’ici 2022 convertie en agriculture biologique. En réalité, même si le chiffre a été multiplié par deux en 5 ans, seulement 8,5% des terres sont cultivées en bio en France. Il reste encore du chemin à parcourir.

Les aides de l'état arrivent tard dans le processus de conversion

Alors oui, l’Etat aide les agriculteurs, mais Maxime nous explique que les aides arrivent souvent à la fin du processus, et parfois en retard. Dans un contexte où les agriculteurs sont souvent endettés, c’est bien, mais pas suffisant. 


Pour être plus précis, ce sont l’État français, mais aussi l’Union Européenne par son Fond Agricole pour le Développement Rural, qui mettent la main à la poche. Dans le détail, il s’agit principalement de subventions à l’hectare, selon le type de culture ainsi que de crédit impôt (moins d’impôts à payer). Par exemple, pour le maraîchage, c’est 900€ qui sont versés par hectares et par an à l’agriculteur en conversion.

Subventions aux agriculteurs en conversion et convertis à l'agriculture biologique - Source : Agence Bio

La solution de BioDemain pour les agriculteurs et pour les consommateurs

Dans ce contexte, BioDemain achète les produits d’agriculteurs en conversion biologique à un prix juste, décidé ensemble, pour les commercialiser sous la marque BioDemain, notamment en magasins spécialisés bio (dont Naturalia). Dans le cas où les agriculteurs ne transforment pas eux-mêmes leurs produits, la transformation est confiée à des PME françaises historiques. BioDemain assure ensuite la communication et les relations avec les commerces qui distribueront les jus de pommes, soupes et autres produits.

“On va voir les agriculteurs et on leur demande le prix qu’il leur faut pour vivre. On ne se base pas sur les cours (en bourse) du marché de la pomme. Notre rôle, c’est vraiment d’être le porte-étendard des agriculteurs en conversion face aux consommateurs.”

Maxime Durand

Mais de quels produits parle-t-on ?

Evidemment les produits dépendent de la saison et des fruits et légumes récoltés. On retrouve notamment des compotes, du miel, des soupes et des jus, du vin, entre autres. Mention spéciale pour le jus de pomme que nos explorateurs ont eu le plaisir de goûter. Les produits sont vendus en dessous des prix du bio français, mais bien sûr, ils ne peuvent être vendus à un prix similaire aux premier prix d’origine étrangère des grandes surfaces.

Aperçu de la gamme de produits de BioDemain

Des agriculteurs bien mieux rémunérés durant leur conversion

Pour les agriculteurs, l’avantage de travailler avec BioDemain semble de taille. Selon Maxime, les agriculteurs sont rémunérés en moyenne 80% de plus que ce qu’ils auraient obtenu autrement. Pourtant, cela peut ne pas être rassurant de travailler avec une si jeune structure. Interrogé sur les défis à venir, l’enjeu semble plutôt d’aller convaincre les consommateurs des valeurs de BioDemain et de l’impact que tout un chacun peut avoir sur les agriculteurs en achetant ces produits. 

Une équipe jeune qui avance vite

Diplômés en 2018 de l’ITEEM, parcours combinant une formation d’ingénieur et de manager, on peut dire que Maxime et Stéphane, les deux co-fondateurs, n’ont pas chômé alors qu’ils viennent il y a quelques jours de finir leur levée de fond participative (ouverte aux particuliers) et ont réussi en seulement 48 heures à obtenir plus de 225 000€.

L’entreprise, dorénavant composée d’une équipe de 10 personnes commence à s’étendre sur le territoire et ce n’est que le début. Ces financements devraient leur permettre d’accompagner bien davantage d’agriculteurs.

Equipe BioDemain
L'équipe BioDemain

Même si la machine semble aujourd’hui très bien engagée, tout ne s’est pas fait en un jour. Maxime nous confie qu’il a été très dur au départ de convaincre les premiers agriculteurs de travailler avec eux ! Après avoir d’abord démarré par la vente de fruits et légumes directement sur les marchés, une période difficile admet Maxime, l’entreprise commercialise aujourd’hui uniquement des produits transformés, en magasins.

Le mouvement va dans le bon sens pour le passage au bio de l’agriculture française mais il reste un long chemin à parcourir avant que la majeure partie de nos cultures ne soient plus soumises aux pesticides. Pour que le bio et surtout le bio français devienne la norme, il est essentiel que ces produits soient accessibles au plus grand nombre, faute de quoi, il ne resterait que le privilège d’une minorité qui peut se le permettre. Cela nécessite aussi de repenser le budget de l’alimentation et plus globalement la question du “moins mais mieux”, précédemment évoquée dans notre article sur La Bocalerie, le drive Zéro Déchet

Envie d’en apprendre plus sur les coulisses de l’aventure BioDemain ? Découvre prochainement notre podcast sur toutes les plateformes d’écoute. 

Pour aller plus loin

Découvrez les solutions déjà mises en avant par nos explorateurs, notamment Ombréa qui déploie des ombrières pour protéger les cultures des aléas climatiques et limiter l’usage des pesticides. 

Envie d’aller encore plus loin, nous vous recommandons le livre “Les semences : Un patrimoine vital en voie de disparition” de Pierre Rabhi

Valentin Worms

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