Des plantes en réponse à un problème invisible : la pollution des sols avec Biomède

L’herbe est toujours plus verte ailleurs, nous dit-on. Chez Biomède, c’est tout le contraire. Ludovic et Léa nous prouvent qu’une mauvaise herbe n’est qu’une plante dont on n’a pas encore trouvé les vertus, et quelles vertus ! Nous retrouvons Ludovic au cœur de l’incubateur de l’EMLyon, prêt à nous livrer son secret pour dépolluer les sols de leurs métaux lourds.

Ludovic VINCENT, fondateur de Biomède

Interview réalisée par Valentin Worms, article rédigé par Aliénor Bierer 

Publication le 22 mars 2021

Cet article est proposé en partenariat avec Hello Tomorrow.

40% de la pollution des sols serait liée aux métaux lourds 

 

Saviez-vous que le sol, au même titre que l’air et l’eau, peut être pollué ? Dans l’imaginaire collectif, le sol est souvent perçu comme insensible, voire imperméable aux pollutions résultant de l’activité humaine. Pourtant, l’Agence européenne de l’environnement estime à un peu plus de 242 000 les sites touchés par la pollution des sols en Europe et attribue à 40% la part de cette pollution aux métaux et leurs dérivés. A ce jour, aucune évaluation de la situation n’existe au niveau mondial, ce qui illustre le manque de documentation autour de ce sujet environnemental. La FAO (l’Organisation des Nations Unies en Agriculture et Alimentation) souligne l’importance de prévenir la pollution des sols, leur capacité à faire face à cette pollution étant limitée. D’où viennent ces métaux et quel est leur impact sur nos sols ?

Tout d’abord, il faut préciser que les métaux évoqués ici sont des métaux dits “lourds”, comme le cuivre, le cadmium, le plomb et le mercure. Selon Esteban Remon dans “Tolérance et accumulation des métaux lourds par la végétation spontanée des friches métallurgiques : vers de nouvelles méthodes de bio-dépollution”, ils sont naturellement présents dans le sol et essentiels pour certaines étapes du cycle de la plante, comme les processus de photosynthèse (fabrication de matière organique à partir de dioxyde de carbone et d’eau grâce à l’énergie de la lumière solaire) et d’assimilation des micronutriments du sol, cependant, ils deviennent néanmoins nocifs si leur proportion augmente.  

Malheureusement, c’est aujourd’hui le cas, une évolution qu’on attribue presque entièrement à l’action de l’homme. En effet, la pollution est créée par certaines pratiques agricoles -impliquant l’usage d’engrais et pesticides-, la pollution atmosphérique ou encore des activités industrielles, minières et métallurgiques. La toxicité du sol contamine les écosystèmes environnants en infiltrant les chaînes alimentaires et les ressources en eau. Résultat ? Cette contamination remonte jusqu’à la consommation humaine. La preuve, 3% des produits alimentaires examinés dans une étude française sont contaminés par des métaux lourds (ou de l’arsenic) selon une étude menée par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF)

Ce questionnement sur la santé des sols prend toute son importance alors que l’agriculture urbaine connaît un certain essor. En effet, en 2020, la France accueille quelques 400 fermes urbaines sur son territoire. Ces pratiques se retrouvent également à des niveaux collectifs et individuels , via des potagers partagés et privés, par exemple. Les terres françaises, dans leur ensemble, sont susceptibles d’être contaminées par des métaux lourds, et leur concentration doit être surveillée

Bien qu’il nous paraisse pertinent aujourd’hui, ce sujet est étudié depuis longtemps par la communauté scientifique. En 2001, déjà, un rapport législatif déclarait que « si les métaux lourds ont fait la civilisation, ils peuvent aussi la défaire ». Tout un programme donc, que la jeune et prometteuse entreprise Biomède souhaite contrer. 

Dans une interview menée par Impact 13, Ludovic Vincent reconnaît le manque de connaissance autour de cet enjeu. De formation ingénieur agronome, il s’associe en 2018, suite à un stage dans ce domaine, à Patricia Gifu, docteure en cancérologie et spécialiste des rayons X, pour commercialiser une solution durable au problème de pollution des sols par les métaux. Cette solution fait appel aux plantes : Biomède est née.

La phytoextraction

 

Chez Biomède, les plantes sont les principales actrices de l’activité de dépollution. Mais celles-ci doivent auparavant passer un casting, dont le principal critère de sélection est l’hyperaccumulation, un terme qui désigne une capacité de stockage d’éléments métalliques 10 à 500 fois supérieure aux autres espèces végétales. À travers leurs racines, ces plantes accumulent les métaux dans leur biomasse, ce qui permet de se débarrasser de ces derniers lorsque cette plante est retirée. Cette méthode de dépollution par les plantes, ou phytoremédiation, porte le nom de phytoextraction. 

Concrètement, comment Biomède tire-t-elle avantage de cette méthode ? Ludovic nous explique. Lorsque, appelé par un client, Biomède se rend sur les parcelles à traiter, l’entreprise réalise un diagnostic aux rayons X qui analyse la proportion d’une trentaine de différents métaux dans le sol, s’apparentant à un “médecin des sols”. Grâce à ces premiers résultats, Ludovic et Patricia se penchent sur les solutions existantes, c’est-à-dire les combinaisons de plantes connues, ou alors démarrent un axe de développement pour trouver une nouvelle solution. Certaines plantes sont capables de retirer plusieurs éléments comme l’arsenic, le plombcalcium et le cuivre, par exemple. D’autres sont plus spécifiques et ne retirent qu’un élément du sol. Une fois que les bonnes plantes ont été placées sur le sol à traiter et ont effectué leur travail, l’enjeu repose dans le fait de revaloriser ces plantes donc d’extraire les métaux présents dans leur biomasse. Il est donc plus utile de sélectionner des plantes n’absorbant qu’un métal à la fois pour éviter le retraitement de séparation des métaux. 

À qui se destinent les métaux ainsi récoltés ? Cela dépend des partenariats que Biomède aura formé avec d’autres entreprises ou organisations. Par exemple, les hôpitaux se servent beaucoup du cuivre pour nettoyer leurs surfaces. Ludovic insiste sur le fait que la revalorisation des métaux doit toujours être utile, écologiquement parlant, ce qui a forcément un impact sur les partenaires choisis. 

L’agriculture comme champ d’action

Développée depuis une vingtaine d’années – particulièrement sur les friches industrielles – , Ludovic nous informe que la méthode qu’applique Biomède n’est que peu utilisée dans le milieu de l’agriculture, alors qu’elle se prête très bien à ce type de “technique douce”, comme il la qualifie. En général, l’agriculture utilise des techniques physicochimiques très lourdes. C’est d’ailleurs dans ce monde agricole que Ludovic a fait ses premiers pas. En stage agronome, il remarque l’absence de solution pour traiter une parcelle contaminée par un forte concentration de cuivre. Après cette observation,  il décide de concentrer ses efforts sur une solution répondant aux impasses des agriculteurs face à la pollution des sols. Contrairement aux idées reçues, ces derniers s’ouvrent plus à l’innovation qu’on ne le pense. “On demande de plus en plus de choses au monde agricole, et eux cherchent des solutions pour dépasser les impasses techniques”. 

Selon Ludovic, il y a une réelle volonté de la part des agriculteurs d’améliorer leurs pratiques, ce qui s’accompagne par une démarche d’engagement sur la qualité des sols. En particulier, Léa Lardon, responsable marketing, évoque l’intérêt de Biomède pour la viticulture. En effet, la forte concentration de métaux n’impacte pas le goût du vin, cependant, elle abîme les pieds de vigne, diminuant les rendements à terme. Léa souligne également le rapport du consommateur à la terre. Celui-ci désire participer à la transition écologique et participer à une démarche verte. La dépollution des sols est une démarche qu’il peut apprécier dans le cycle du produit qu’il consomme.  

Sensibiliser les entrepreneurs

Biomède travaille généralement avec des producteurs qui ont déjà amorcé une transition écologique grâce à leurs pratiques et veulent aller plus loin. Ludovic revendique une certaine aisance entre son entreprise et le milieu agricole, un lien créé à travers des relations directes avec les agriculteurs. “On travaille d’entrepreneur à entrepreneur”, nous explique-t-il. Biomède entend également mener un fort travail de sensibilisation à la pollution des sols, notamment dans le cadre de l’expansion de l’agriculture urbaine. Ces sols urbains sont particulièrement sujets à la contamination, étant souvent situés sur d’anciennes zones industrielles.  Pour lutter contre le manque d’information sur la possible toxicité de ces lieux, Biomède est partenaire des 48h de l’agriculture urbaine et propose des diagnostics des sols gratuits aux visiteurs. Cela leur permet de faire un choix pertinent sur la méthode de production à adopter dans leurs jardins ou sur des parcelles agricoles. 

Biomède au futur, ça donne quoi ?

D’abord incubé au Génopole, ce qui lui a permis de réaliser leur R&D ainsi que ses essais sur le terrain, l’équipe de Biomède est désormais incubée à l’EMLyon pour être appuyée sur le développement de ses solutions commerciales. Ludovic juge que l’accompagnement a été très bon, Biomède bénéficiant d’une variété d’acteurs et de leurs visions. En tant qu’entreprise à impact, l’installation est d’autant plus complexe que le marché est en pleine émergence, les contraintes nouvelles, les problématiques sont peu connues et les solutions encore moins. Bien que leurs fonds propres aient été faibles au début de l’aventure Biomède, le financement s’est poursuivi grâce à des concours remportés comme le concours ADEME “Programme Investissement Avenir 3” ou encore par l’accompagnement de la BPI. En outre, “une première levée en amorçage avec des vignobles et avec une fondation pour la qualité des sols” a eu lieu, ce qui a permis à Biomède de croître. “Les clients alimentent le développement de la structure”. En écoutant Ludovic et Léa, on ressent la proximité entre l’entreprise et ses clients agriculteurs.  “Le besoin de l’agriculteur, nous assure-t-il, est au final le plus important”. 

Justement, les entrepreneurs souhaitent continuer dans cette voie, en dirigeant leur expansion vers l’international, d’autres vignobles et en se projetant sur d’autres types d’agriculture (arboriculture, maraîchage, etc.), qui ont les mêmes besoins. Biomède se destine à rendre aux sols agricoles français leur qualité. Leur vision à long-terme ? “Être fiers de ce qu’on a fait pour la santé et la pérennité des sols”. C’est tout ce qu’on leur souhaite !

Aliénor Bierer

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Suis l’aventure Impact 13

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