Lutter contre l'isolement et la précarité grâce à la cohabitation intergénérationnelle

En France, près d’un million de personnes de plus de 60 ans sont en situation d’isolement. Pour combattre cela, la startup Colette souhaite démocratiser la cohabitation intergénérationnelle. L’idée est de permettre aux seniors de rompre avec la solitude, en donnant accès à leur logement à des jeunes. Découvrez l’interview de Justine, la cofondatrice

Vidéo proposée par Antinéa Esteban et Simon Gadrey

Interview et article réalisés par Caroline Stalder

Publication le 15 février 2021

Salut Justine ! Parle-nous un peu de toi. Qu’est-ce-que tu faisais avant de te lancer dans l’aventure Colette

Hello ! Alors, j’ai commencé chez BlaBlaCar en 2011. C’était ma première expérience professionnelle, en CDI. A l’époque, c’était une jeune start-up et une fabuleuse aventure démarrait pour moi. J’ai grandi au même rythme que l’entreprise, que j’ai vu passer d’une jeune pousse, à scale-up multinationale, jusqu’à la licorne qu’est Blablacar aujourd’hui. J’y suis resté 6 ans et durant cette période assez intense, j’ai pu découvrir tous les métiers de la communication. Puis, un jour, j’ai décidé de lancer ma boîte, Shapin’, une plate-forme de cours de sport et de bien-être animés en live par des influenceurs. Nous étions incubés à la station F avec mon associé. Les débuts ont été difficiles, parce que le sport en ligne n’était pas du tout aussi démocratisé que maintenant, suite à deux confinements. Donc, on a pas mal galéré à l’époque. 

Quand la covid est arrivée en France, on a décidé de garder Shapin’ en projet annexe. J’ai commencé à postuler pour des postes à responsabilité dans des scale-up internationales de 50 à 150 employés. J’avais pas mal avancé dans ce process et c’est là que Matthieu, le fondateur de Colette, m’a contactée sur LinkedIn. Il m’a expliqué qu’il cherchait une personne sur les sujets marketing et communication pour rejoindre l’équipe fondatrice. Après m’avoir détaillé le projet, j’ai eu un déclic et presque instantanément un gros coup de cœur parce que j’ai senti que c’était un projet qui portait une mission vraiment forte, celle d’aider des personnes dans leur quotidien. C’est donc en avril 2020 que j’ai rejoint Colette, et j’en suis ravie. Quand on se lève le matin et qu’on sent véritablement l’impact qu’on peut avoir sur la vie des gens, on se sent heureux et utile ! 

Qu’est-ce qui t’a amenée à l’entrepreneuriat social ?

En fait, j’ai l’impression que c’est un peu le fil rouge de mon parcours. BlaBlaCar est une entreprise qui a une mission forte. Le covoiturage permet de réduire le trafic sur les routes, de faire des économies sur son trajet et de faire des rencontres sociales enrichissantes. C’était révolutionnaire à l’époque ! Ensuite, chez Shapin’, ce côté impact était présent également, bien que se manifestant différemment. En quittant le monde du voyage pour aller vers celui de la santé et du bien-être, j’ai voulu répondre à un besoin. Je trouve ça formidable de pouvoir aider les gens à se sentir plus en forme et, finalement, plus heureux au quotidien grâce au sport ! Quant à Colette, l’enjeu auquel nous répondons est de taille, en s’attaquant à deux grandes problématiques que sont, l’accès au logement des jeunes, d’une part, et le fait de briser la solitude des seniors, d’autre part.

En bref, Colette c’est quoi ? 

C’est un service de cohabitation entre générations. Concrètement, on aide les étudiants et les jeunes actifs à s’installer chez des seniors de 60 ans et plus, qui disposent d’une chambre libre chez eux. Rien qu’à Paris, il y a plus de 100 000 personnes concernées. On connaît tous le parcours du combattant pour trouver un appartement, surtout dans des grandes villes où c’est particulièrement cher, chronophage et stressant. Notre idée, c’est donc de rapprocher les jeunes et les moins jeunes pour qu’ils cohabitent ensemble ! Et c’est tout bénef’ : les seniors sont ravis d’avoir de la compagnie et de pouvoir partager des moments de vie.

Comment ça fonctionne ?

Colette, c’est un club, une communauté de confiance. Nous partageons des valeurs fortes telles que la bienveillance, l’entraide et la solidarité. C’est particulièrement important pour la réussite de la cohabitation, surtout quand deux personnes ne se connaissent pas. Pour bien comprendre, l’inscription sur Colette est libre et gratuite. Ensuite, notre équipe revient vers chaque profil d’inscrit, que ce soit les jeunes en recherche de logement ou les seniors qui proposent une chambre. On prend véritablement le temps de connaître ces personnes.

Côté jeunes, on prend le temps de discuter longuement avec eux par téléphone, pour s’assurer qu’ils comprennent nos valeurs et la démarche de la cohabitation intergénérationnelle. Côté moins jeunes, nous nous déplaçons pour les rencontrer physiquement et pour visiter leur appartement, vérifier la chambre et le niveau de confort. En parallèle, nous les rassurons aussi beaucoup. La relation de confiance est primordiale pour nous. Une fois que tout est bien clair, ces personnes intègrent le club et ont accès à toutes nos offres, ou en publient une.

Selon toi, quels sont les avantages et les inconvénients à faire cohabiter deux générations différentes sous le même toit ? 

C’est certain que sur le papier ça semble risqué. On fait souvent des suppositions sur d’éventuels problèmes de communication qui pourraient survenir, liés à la différence d’âge. Mais en réalité c’est une peur plus qu’une réalité, symptomatique de nos sociétés où on a l’habitude de vivre dans une forme d’entre soi. Dans les faits, ça marche en fait très bien ! L’enjeu n’est pas tant de faire cohabiter deux générations ensemble que de faire cohabiter deux personnes qui ne se connaissent pas. C’est un peu comme un couple, dans le sens où la relation fonctionne sur des compromis, sur du respect et de la bienveillance.

Combien coûte un loyer pour un jeune chez Colette ?

 En moyenne 500 euros toutes charges comprises, en sachant qu’il est possible de faire appel aux APL/ALS, car tous les logements que nous proposons y sont éligibles puisque déclarés. Quand on sait qu’à Paris, la moyenne pour la location d’un studio c’est 885 euros par mois en 2020 pour 12 m2, on se démarque via une solution beaucoup moins onéreuse et plus conviviale ! Sans compter que bien souvent ce sont des appartements spacieux et bien situés, ce qui donne accès à un certain confort de vie.

Pourquoi passer par votre plateforme ? Quelle est votre valeur ajoutée ?
 
On est là pour accompagner les jeunes de A à Z  dans leur recherche de logement et les seniors dans leur location de chambre. Pour les jeunes, passer par Colette, ça veut dire n’avoir aucun dossier à constituer et n’avoir aucune caution à verser. Colette se porte garant pour les jeunes. Une fois que le jeune est membre du club, il fait ses recherches de logement et ensuite on accompagne sur tout : la paperasse, les garanties, les assurances… Ça devient hyper simple d’avoir accès au logement dans ces conditions ! Du côté des hôtes, c’est pareil, on les accompagne sur tout le côté administratif. On s’occupe de leur présenter des profils de confiance et de leur proposer l’assurance loyer impayé. C’est donc cet accompagnement et cette qualité de service qu’on apporte chez Colette.
 
Comment vous faites-vous connaître, en particulier auprès des séniors qui sont peut-être moins sur internet ?
 
Justement, à l’instar des idées reçues, les seniors sont beaucoup plus connectés qu’on ne le croit, surtout en région parisienne. On parvient à nous faire connaître auprès d’eux via Internet. Cette première catégorie de seniors, entre 60 et 70 ans, est hyper à l’aise avec Whatsapp et les visios. FaceTime n’a aucun secret pour eux ! D’autant plus depuis les confinements, périodes durant lesquelles ces modes de communication se sont développés. Pour les personnes qui ne sont, malgré tout, pas très connectées, on communique avec eux via la presse ou via des supports papiers. En parallèle, le bouche-à-oreille fonctionne très bien et représente un canal d’acquisition très important pour nous, d’où l’importance de maintenir la qualité de notre service !
 
Quels sont les retours d’expérience à ce stade, autant côté jeunes que moins jeunes ?
 
Aujourd’hui, nous avons 100% de retours positifs. Les binômes créés sont très satisfaits du service Colette ainsi que de l’expérience de cohabitation inter-générationnelle. Mais c’est vrai que la marque est jeune et nous restons très ouverts aux améliorations, sur tous les plans ! Un exemple de binôme qui me donne le sourire est celui de Camille, 26 ans, originaire d’Alsace et Françoise, pure parisienne. Elles vivent ensemble depuis juillet et partagent énormément de bons moments. Elles partagent des repas gourmands durant lesquels Camille fait découvrir des légumes de sa région à Françoise. A son tour, elle l’emmène dénicher des coins secrets de la capitale, qu’elle connaît comme sa poche. Bref, ce sont de chouettes histoires de vie et leurs témoignages me font toujours très plaisir à lire ou entendre !
 
Quel est votre modèle économique ? Avez-vous un système de marge ?
 
On prélève des frais de service de 15% sur les loyers perçus par les hôtes. Ce coût couvre notre qualité de service, notre accompagnement et les garanties. Du côté des jeunes, les frais d’adhésion au Colette Club sont de 38€ par mois durant le temps de la location. Ça leur donne également accès à l’accompagnement, la facilité d’accès au logement, l’absence de caution et de dossier à faire. En moyenne, nous sommes fiers de dire qu’un jeune va trouver son logement en 1 semaine voire moins, une fois inscrit. Et on reste là pour lui avant, pendant et après la cohabitation si besoin de quoi que ce soit
Justine Renaudet, co-fondatrice du Colette club
Justine Renaudet, co-fondatrice du Colette club

Comment votre projet est-il financé ? Etes-vous accompagnés dans cette aventure ?

Oui, on a bouclé notre première levée de fonds d’1 million d’euros fin septembre 2020. Aujourd’hui, nous avons une dizaine de business angels qui nous accompagnent, c’est-à-dire des investisseurs privés, qui ont été séduits par notre projet.

Votre modèle souffre-t-il de la crise sanitaire actuelle et du fait que les seniors sont un profil particulièrement sensible en ce moment ?

Pendant les confinements, nous n’avons malheureusement pas pu créer de nouveaux binômes de cohabitants. On ne pouvait raisonnablement pas installer des jeunes chez ces hôtes, qui sont une population à risque. Nous avons repris depuis janvier 2021, en prenant moultes précautions. Mais ce qui est génial, c’est le fait que les seniors nous disent qu’ils ont véritablement envie d’accueillir un jeune chez eux malgré la situation sanitaire compliquée ! On est donc très optimistes. 

Quelles sont vos ambitions pour Colette ?

Nous souhaitons nous étendre à d’autres grandes villes de France mais aussi à d’autres pays ! À ce stade, on s’est attaqués à Paris et à la petite couronne pour pouvoir prouver l’attractivité de notre modèle sur une zone bien précise et pour le faire à fond. Les problématiques auxquelles nous répondons dépassent largement les frontières parisiennes et ses environs proches ! Cette année, on commence à mettre la technologie au service de Colette en développant une marketplace en ligne de la cohabitation intergénérationnelle L’idée, c’est de pouvoir automatiser en ligne un maximum de tâches dans ce processus de création d’une cohabitation. Plus précisément, nous travaillons à la mise en place d’un système de profiling des candidats en ligne pour créer des paires de cohabitants idéales via la plateforme, de manière à libérer du temps sur les étapes qui nécessitent une interaction humaine.

Quels sont les plus grands défis que tu as eu à relever en tant qu’entrepreneure ?

Se lancer seule, c’est toute une aventure. On parle souvent de la solitude de l’entrepreneur et c’est vrai. Je l’ai vraiment vécu durant les 8 premiers mois de mon projet Shapin’. On n’a pas d’épaule sur laquelle se reposer. Quand on n’est pas bien, c’est difficile de se re-motiver. Ensuite, je dirais qu’il faut bien avoir en tête que monter son entreprise, c’est devoir relever des défis tous les jours, et devoir constamment trouver des solutions à des problèmes. Il faut donc aimer ça !

Chez impact 13, on fait un tour de France des innovations à impact positif mais on a tous nos régions préférées. Quelle est la tienne et pourquoi ? 🙂

Je vais être un peu chauvine mais c’est la région centre. Je viens du Loir-et-Cher, d’une petite ville qui s’appelle Vendôme. C’est là que j’ai grandi et j’en garde de très beaux souvenirs. C’est une région à découvrir pour ses châteaux, ses événements, ses loisirs et sa gastronomie ! 

Justine et l'équipe Impact 13

 

Caroline Stalder

Cette thématique t’intéresse ? Découvre aussi notre article sur les Autonomie Planners et Wello, des projets engagés pour le bien-être des séniors.

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