Consign’Up : l’association qui se bat pour le retour de la consigne en Occitanie

En France, plus de 3 bouteilles en verre sur 4 sont recyclées. En apparence nous sommes donc de bons élèves, mais pourquoi recycler ces bouteilles en excellent état alors qu’elles pourraient être réutilisées ? Pour en savoir plus sur ce non sens écologique, nous avons rencontré à Toulouse Caroline Pillore, responsable coordination chez Consign’Up, une association qui œuvre pour le retour de la consigne en Occitanie.

Caroline Pillore, Responsable Coordination chez Consign’Up
Caroline Pillore, Responsable Coordination chez Consign’Up

Interview et article réalisés par Morgane Sebastiao 

Publication le 12 octobre 2021

De la consigne à l’emballage unique : petit tour d’horizon de nos habitudes de consommation

Quand mamie Jeannine faisait ses courses

Jusque dans les années 1960, mamie Jeannine achetait ses aliments en vrac chez le primeur et son laitier lui déposait son lait frais chaque matin. L’essentiel des aliments n’avaient donc pas d’emballages et les commerçants pratiquaient la consigne. En échange d’une petite somme d’argent, il demandait au consommateur de restituer les emballages (lait, bière, vin, etc.)

On dit donc d’un emballage qu’il est consigné lorsqu’il est possible de le ramener en magasin contre une somme d’argent Ce type de pratique  favorise fortement le réemploi et diminue l’utilisation d’ emballages à usage unique. Mamie Jeannine jette donc très peu… mais ça c’était avant ! 

Les années 1970 et l’ arrivée de la culture du tout jetable

Dans les années 70, les industriels simplifient leurs chaînes d’approvisionnement pour produire plus et diminuer leurs coûts. Surproduction, surconsommation et gaspillage deviennent alors la norme. Coca-Cola par exemple, remplace son iconique bouteille en verre par un contenant en plastique à usage unique en 1978. Exit le réutilisable, place au jetable, signe de modernité. C’est ainsi que la consigne disparaît progressivement en France dans les années 80/90 au profit du recyclage, nous explique Caroline Pillore, responsable coordination chez Consign’Up. 

Consign’Up : recycler c’est bien, réutiliser c’est mieux

Aujourd’hui, alors qu’une bouteille en verre peut être réutilisée jusqu’à 30 fois, nous la recyclons. Ce sont ainsi près de 2,5 millions de tonnes de verre qui sont collectées en France, soit la moitié du tonnage des déchets ménagers, afin d’être nettoyées, broyées puis fondues. 

C’est à partir de ce constat de gâchis et de la volonté de mettre fin à ce non sens écologique que s’est créée l’association Consign’Up.  Son objectif ? Collecter, laver et revendre des bouteilles en verre consignées, qui sont utilisées pour le conditionnement du vin, de la bière et des jus de fruits, pour remettre la consigne au goût du jour.  C’est Mamie Jeannine qui serait contente ! 

Chez Consign’Up nous sommes persuadés que proposer une solution de réemploi permettra aussi d'améliorer ce tri à la source et de changer la perception que chacun peut avoir d’un objet qui n’est pas un déchet. C’est un objet qu’on peut réemployer si on l’insère dans un cercle plus vertueux.

Pour un retour de la consigne en Occitanie avec Consign’up

La consigne, concrètement ça marche comment : le parcours de vie d’une bouteille chez Consign’Up

Afin de comprendre le fonctionnement de la consigne du verre nous avons demandé à Caroline de nous expliquer le parcours de vie d’une bouteille chez Consign’Up.

Tout d’abord le producteur, un brasseur par exemple, utilise la bouteille pour y conditionner sa bière. Il la distribue ensuite à ses revendeurs, au sein de son propre réseau et sur lequel Consign’Up s’appuie pour déployer son réseau de collecte et mailler le territoire (ex épiceries Biocoop, boutiques Ceci & Cela ou encore le Drive tout nu). Pour être reconnaissable, la bouteille porte  un pictogramme national directement intégré à l’étiquette « Rapportez-moi pour réemploi !« . Lors de son achat, le consommateur verse une consigne de 30 cts qui lui sera rendue au retour de la bouteille. Enfin, Consign’up collecte et lave les bouteilles dans un centre de lavage à Bordeaux dans l’attente de son propre centre de lavage prévu pour 2022.  Elle les revend alors aux différents brasseurs, viticulteurs et producteurs de jus partenaires (cf schéma ci-dessous). 

Contrairement à un circuit de recyclage classique, celui du réemploi ne nécessite pas le passage via un centre de tri, ni la fonte du verre qui représente une étape particulièrement gourmande en énergie (transports supplémentaires, fonte du verre qui demande de l’énergie…). 

Circuit du recyclage versus circuit du réemploi (source : Consign'Up)

Les bénéfices environnementaux de la consigne

Moins on fabrique, moins on pollue

Selon un rapport de l’ADEME (agence de l’Etat pour l’environnement), le réemploi des bouteilles en verre aurait d’importants avantages en termes d’impact environnemental. En effet, pour fabriquer 1 tonne de verre, il faut environ 700 kilos de sable, 200 de calcaire et 300 d’autres matières premières minérales. Tous ces ingrédients, qui  se trouvent  en quantité dans la nature, demandent à être transportés, traités et transformés.  Ils  consomment ainsi  de l’énergie. L’impact du lavage, de la distance de transport ou le nombre de réutilisation de la bouteille ne sont que secondaire dans  cette étape. 

L’exemple du système de consigne pour réemploi, mis en place par la brasserie Météor en Alsace, donne une idée du gain environnemental potentiel de ces dispositifs lorsqu’ils sont déployés de manière efficace : une étude de 2009 a démontré que le réemploi permettait d’économiser 76 % d’énergie primaire, d’éviter 79 % d’émissions de gaz à effet de serre et d’utiliser 33 % d’eau en moins par rapport à des bouteilles en verre à usage unique.

Une réduction du nombre d’emballages

La consigne pour réemploi permet également de diminuer le nombre d’emballages à recycler, à incinérer voir à enfouir en fin de vie. Ainsi, on limite la dispersion de polluants et les nuisances dues à ces modes de traitement des déchets. Elle permet aussi de s’attaquer à la pollution plastique et à son impact sur la biodiversité : de nombreuses alternatives consignées pourraient se substituer aux bouteilles en plastique, aux emballages alimentaires (bocaux, yaourts, etc.) et aux contenants de la restauration à emporter.

Au-delà des bénéfices écologiques que permettrait le retour de la consigne, Consign’Up nourrit des ambitions économiques pour le territoire occitan. D’ici 2022, l’association prévoit l’ouverture d’une centrale de lavage près de Toulouse avec la création d’emplois non-délocalisables à la clé. 

Source : Unsplash

Un avantage économique pour le consommateur et le tissu local

Puisque le consommateur récupère le prix de l’emballage en ramenant sa bouteille en magasin, il ne paye que le contenu consommé. De plus, le système avec réemploi coûtant globalement moins cher que celui à usage unique, les produits vendus en bouteilles de verre consignées sont souvent moins chers au litre que ceux vendus dans des bouteilles à usage unique. Acheter un produit consigné c’est aussi soutenir une économie circulaire qui crée de l’emploi à travers la collecte, le transport et le lavage du verre par exemple. 

Grâce à des initiatives comme Consign’Up la consigne se réinvite dans nos quotidiens. Cependant, pour que la filière puisse continuer à grandir, il faut  développer certains points comme nous l’explique Caroline. La nécessité d’impliquer les supermarchés dans la collecte des emballages consignés, le besoin de standardisation des emballages réemployables (limiter les modèles et les formats, utiliser des colles adaptées…) ou encore l ’accompagnement, le financement et la communication autour du réemploi des emballages sont encore à développer. Alors soutenons ces initiatives qui se battent pour nous sortir de la norme de l’usage unique en invitant plus souvent les emballages consignés dans nos maisons !  

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Morgane Sebastiao

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