Donner une seconde vie aux mégots de cigarette, le pari d’ÉcoMégot

Mois sans tabac, hausse des prix des paquets de cigarettes, photos choc à tour de bras… On est tous au courant des effets néfastes du tabac sur la santé mais qu’en est-il de son impact sur l’environnement ? Saviez-vous qu’un mégot de cigarette contient plus de 2500 composants chimiques et est le plus souvent jeté au sol ? Depuis 2016, la société ÉcoMégot propose un service de sensibilisation, collecte et recyclage de ces déchets. Nous avons rencontré Julien Bouhouf, responsable de l’antenne de Lyon.

Julien Bouhouf, responsable de l’antenne ÉcoMégot de Lyon et chargé de développement commercial Est, Sud Est et Corse

Interview et article réalisés par Luce Aubry-François 

Publication le 19 avril 2021

Jeter son mégot au sol, un geste banal mais dangereux

Le jet du mégot en pleine rue a encore quelque chose de fun.

Julien Bouhouf

ÉcoMégot a été créé suite à constat simple : le mégot de cigarette composé de plastique (acétate de cellulose) génère une pollution environnementale. Une étude publiée par le ministère de la transition écologique révèle que 40 milliards de mégots sont jetés au sol chaque année en France. Cela représente entre 20 000 et 25 000 tonnes, soit le poids de 2 tours Eiffel. Des chiffres alarmants, quand on sait qu’un mégot contient 2500 composants chimiques et met environ 12 ans à se dégrader. « Le jet du mégot en pleine rue a encore quelque chose de fun, » explique Julien. En effet, on a tous en tête des images de vieux films américains où les acteurs lancent nonchalamment leur mégot par la fenêtre d’une voiture. Le geste a une certaine classe certes, mais à quel prix ?

Si de plus en plus de fumeurs font l’effort de jeter leurs cigarettes dans des poubelles ou des cendriers de poche, cela ne règle le problème qu’à moitié. Les déchets classiques sont la plupart du temps incinérés. Or, la température d’incinération est trop faible pour consumer intégralement les mégots. Les résidus polluants qui subsistent finissent dans la nature et portent ainsi atteinte aux écosystèmes.

Un stand de sensibilisation ÉcoMégot

ÉcoMégot, une solution en 3 dimensions

Le premier message que l’on veut faire passer, c’est “ne pas jeter son mégot par terre”.

Pour répondre à la pollution environnementale posée par les mégots de cigarette, ÉcoMégot propose une solution complète, alliant sensibilisation, collecte et recyclage.

« Notre cœur de métier, c’est la sensibilisation, » confie Julien. « Le premier message que l’on veut faire passer, c’est “ne pas jeter son mégot par terre” ». Pour cela, l’équipe adopte un discours positif. Leur but n’est pas de culpabiliser les fumeurs mais de leur faire prendre conscience des impacts des mégots sur la planète en leur partageant des chiffres forts. Pour mener à bien cette démarche, l’équipe fournit aux structures accompagnées des outils de sensibilisation et se rend sur place pour aller à la rencontre des usagers.

Le deuxième volet d’action d’ÉcoMégot réside dans la collecte, étape essentielle pour donner une seconde vie à ces déchets. Cette dernière se fait à travers des bornes situées au sein de structures privées ou dans des espaces publics. Afin de réduire au maximum l’empreinte environnementale générée par cette activité, les bornes sont fabriquées en France, en inox recyclé et recyclable. Les collectes sont réalisées sur l’ensemble du territoire national, en vélo ou vélo électrique. 

Au-delà de la dimension environnementale, ÉcoMégot s’implique également sur des enjeux sociaux. Désireuse de créer de l’emploi, l’entreprise travaille avec plusieurs structures d’insertion, qui l’accompagnent tant dans la fabrication des bornes que dans la récupération des mégots. Structure de l’économie sociale et solidaire, la société possède ainsi l’agrément ESUS (Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale).

Une borne ÉcoMégot située dans un espace public

Le troisième volet d’action d’ÉcoMégot est le recyclage. La société propose deux circuits de revalorisation. 

Le premier est le CSS (Combustible Solide de Substitution). Les mégots sont incinérés à une température plus élevée que celle employée pour le traitement des déchets ménagers, puis ils sont massifiés sous formes de briquettes pouvant être utilisées comme combustibles. Ces briquettes alimentent par exemple des cimenteries. Cette solution a deux effets vertueux : réduire le nombre de résidus polluants suite à l’incinération et réduire la consommation d’énergies fossiles. 

Le second circuit de revalorisation consiste en la création de matière. ÉcoMégot a déposé un brevet leur permettant de créer de la matière plastique à partir de l’acétate de cellulose présent dans les filtres de mégots de cigarette. La solution est d’autant plus révolutionnaire qu’elle n’utilise pas une goutte d’eau ni de solvants pour dépolluer les mégots.

Exemple de matière plastique fabriquée à partir de mégots de cigarette

Des mégots de cigarette aux masques à usage unique

On essaie au fur et à mesure d’apporter des solutions aux problématiques environnementales qui se développent chaque jour.

Julien Bouhouf

Si ÉcoMégot est en place depuis plusieurs années, la société a de nouveaux défis à relever. Tout d’abord, elle aimerait s’implanter dans plus de structures, notamment des collectivités territoriales, afin que sa solution soit davantage accessible dans l’espace public. Ensuite, l’entreprise développe un projet de points d’apport volontaire. A l’instar des bennes de récupération de verre, l’idée serait de proposer des bornes de collecte plus grandes permettant de récupérer les flux apportés par les particuliers.

Et ce n’est pas tout ! ÉcoMégot est une marque de la société Keenat, qui développe des projets de recyclage de déchets variés. Elle travaille par exemple sur des solutions de recyclage de chewing-gums ou de déchets du bâtiment. Mais depuis le début de la crise sanitaire, c’est la collecte et le recyclage des masques à usage unique qui l’occupe le plus. Des points d’apports volontaires sont déjà mis en place dans les entreprises et collectivités avec la création d’une filière de valorisation de matière. L’objectif serait de récupérer les masques via des points d’apport volontaire. Ils feraient ensuite l’objet d’une revalorisation énergétique, en attendant le développement d’une solution de création de matière. « On veut créer une synergie entre la matière du masque (le polypropylène) et celle du mégot (l’acétate de cellulose) pour recréer de la matière. On voudrait créer quelque chose d’utile et de responsable à partir de ces deux fléaux, » explique Julien.

Un point d’apport volontaire installé à la sortie d’une plage

Que ce soit pour notre santé ou celle de la planète, l’idéal serait bien sûr de mettre fin à notre consommation de cigarettes. Mais la démarche d’ÉcoMégot nous rappelle une chose essentielle : jeter son mégot de cigarette au bon endroit peut déjà faire toute la différence ! Il n’y a pas de petite initiative et, à l’image du colibri, il ne tient qu’à nous de faire notre part. 

Pour découvrir ÉcoMégot : https://ecomegot.com/

D’autres initiatives de collecte et recyclage de mégots se développent en France. Jette un œil à MéGO!, TchaoMégot et Cy-Clope !

Les défis qui visent à revaloriser des déchets t’intéressent ? Découvre Gecco, une solution qui transforme les huiles de friture en biodiesel pour les véhicules !

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