Impala, la solution pour faire des choix d'orientation plus éclairés

Dans un contexte où 60 % des jeunes de certaines filières se réorientent en première année de licence, Impala propose d’aider les jeunes à trouver leur orientation grâce à des programmes ludiques et collaboratifs.

Hector Balas
Hector Balas, fondateur d'Impala

Article proposé par Luce Aubry-François.  Interview par Valentin Worms.

Publié le 12 février 2021

Qui n’a pas entendu un parent se plaindre de ParcourSup ? L’outil a des défauts mais le nœud du problème n’est-il pas dans la difficulté à faire un choix d’orientation ? Accompagner les jeunes pour leur permettre de trouver une voie qui leur correspond, c’est l’objectif que s’est fixé Impala, une jeune entreprise parisienne créée en 2016. Leur solution : des programmes ludiques et pédagogiques coconstruits avec les établissements scolaires, mêlant choix de formation et projet à long terme. Hector, fondateur d’Impala, nous aide à mieux comprendre le sujet complexe de l’orientation.

Un sujet passionnant mais problématique

En France, jusqu’à 60% des jeunes de certaines filières (dont médecine) se réorientent après leur première année d’étude (source : Ministère de l’enseignement supérieur). Pourquoi un tel taux de réorientation, alors que l’information n’a jamais été aussi accessible ? Pour Hector, il y a trois raisons principales. 

Tout d’abord, les jeunes ne comprennent pas l’environnement dans lequel ils s’orientent. Le monde du travail, tout comme le système éducatif, évolue constamment. Entre les réformes, les nouvelles technologies et les changements d’organisation du travail, il y a sans cesse de nouveaux métiers et de nouveaux diplômes. Sans parler du jargon de l’orientation : BTS, DUT, PGE, Master, Mastère, MSC… une multitude de sigles et de termes qui se ressemblent mais que l’on ne comprend pas. L’information existe mais elle n’est pas lisible et on a du mal à s’y retrouver. 

Ensuite, les jeunes ne se connaissent pas suffisamment. L’accent mis par le système scolaire sur l’apprentissage disciplinaire se fait au détriment du travail d’introspection. En conséquence, les jeunes de 18 ans ne savent pas qui ils sont, ce qu’ils aiment et pour quelle raison. 

Enfin, les stéréotypes et les préjugés sont encore très forts. Le déterminisme pousse les jeunes à s’orienter par défaut dans la même voie que leurs parents. Les préjugés liés au genre ou au milieu social sont très présents et empêchent d’envisager certaines professions ou secteurs d’activité.

“Le travail de prise de conscience et de déconstruction de ces préjugés est vital.”
Hector Balas

Quels moyens pour l’orientation aujourd’hui en France ?

 

Si la situation varie d’un environnement à un autre, force est de constater que les moyens engagés ne sont généralement pas suffisants. Au sein des établissements scolaires, la responsabilité de l’orientation est répartie entre les professeurs et les conseillers d’orientation. La problématique est double. D’une part, la majorité des profs ne sont pas formés à l’orientation et disposent de peu d’outils. D’autre part, les conseillers d’orientation ont de nouvelles missions, axées autour de la psychologie scolaire, et sont en infériorité numérique par rapport au nombre d’élèves (1 pour 1000 en moyenne, si l’on compte de la quatrième à la terminale). Pour Hector, le rôle des profs et des conseillers d’orientation relève plus de la coordination que du véritable conseil. Il est donc peu étonnant de constater qu’en 2018, un jeune sur deux estimait ne pas avoir été accompagné par son établissement (étude réalisée par le Conseil national d’évaluation du système scolaire).

Une approche ludique et collaborative

 
Quelle est la solution d’Impala face à toutes ces problématiques ? A l’heure où nouvelles technologies et intelligence artificielle sont les maîtres mots et où les tests de personnalité en ligne se multiplient, faut-il compter sur le numérique pour révolutionner l’orientation ? Hector nous le dit d’entrée de jeu : “Impala ce n’est pas un algorithme magique avec des test psychométriques extraordinaires”. Leur objectif : aborder l’orientation sous un angle éducatif et ludique, tout en gardant une vraie place pour l’accompagnement.

Pour cela, ils construisent et déploient au sein des établissements scolaires des programmes pédagogiques d’orientation. Ces programmes sont co-construits avec les professeurs et les conseillers et s’appuient sur deux outils. Le premier, à destination des jeunes, rassemble des parcours personnalisés leur permettant de mieux se connaître et de construire leur projet. Le second, à destination des professeurs, remonte en tant réel des informations sur les parcours suivis par les jeunes pour leur permettre de les accompagner au mieux. Les professeurs animent des ateliers en classe, avec des objectifs pédagogiques précis, des fiches de travail et des diapositives à projeter. Les jeunes ont également accès à un Forum des métiers virtuel : des rendez-vous hebdomadaires où ils peuvent échanger avec des professionnels sur les métiers, les formations post-bac, l’apprentissage ou la recherche de stage.

L’autre grande force d’Impala, c’est la dimension ludique de ses programmes d’orientation. Les parcours sont en effet basés sur une cinquantaine de mini-jeux. On trouve par exemple des enquêtes visant à investiguer sur des stéréotypes (par exemple, pourquoi les filles ne peuvent pas mener une carrière scientifique ou militaire ?). En fonction de ses réponses, le jeune est amené à déconstruire ses représentations. On trouve également des jeux à base d’analogies. Hector nous donne un exemple : “une analogie qui fonctionne bien, c’est celle de la nourriture. Tu sais que tu aimes les burgers parce que tu aimes le boeuf, la tomate, le fromage. Or ce sont des ingrédients que tu peux aussi trouver dans les pâtes. Tu peux donc déduire, à priori, que tu aimes les pâtes à partir du fait que tu aimes les burgers. Et bien c’est la même chose pour les matières. Tu aimes l’histoire car tu aimes comprendre les choses et c’est pour la même raison que tu aimes les maths. Et bien ça tu peux le trouver dans plein de métiers”. Pour aller plus loin, l’outil inclut un moteur d’exploration des métiers. Le jeune peut ainsi en savoir plus sur les professions qui l’intéressent, puis les enregistrer et les hiérarchiser sur son profil.

L’interface d’Impala

Les programmes créés par Impala sont modulables et peuvent donc s’adapter à différents publics. A ce jour, la start-up travaille pour moitié avec des collèges (en quatrième et en troisième) et pour moitié avec des lycées, que ce soit des filières générales, technologiques ou professionnelles. Ils développent également des programmes plus spécifiques pour d’autres publics, comme par exemple des jeunes en situation de handicap ou en décrochage scolaire. Selon le contexte, la démarche est très différente et la psychologie joue un rôle essentiel pour creuser ces questions en profondeur. C’est pourquoi les deux pédagogues d’Impala travaillent avec de nombreux spécialistes (freelances ou chercheurs), dans des domaines variés comme la psychologie cognitive, la sociologie, les sciences de l’éducation ou encore la philosophie. Les parcours d’orientation sont élaborés par des équipes pluridisciplinaires de chercheurs, de professeurs et d’ingénieurs.

Si les programmes peuvent être adaptés dans le fond et la forme en fonction des publics visés, ils reposent sur 4 sujets principaux :

  1. La déconstruction des stéréotypes et la prise de conscience de son individualité
  2. L’introspection : apprendre à connaître ses valeurs, ses forces et ses motivations
  3. La projection : identifier qui l’on veut devenir, ce que l’on veut réaliser dans sa vie, son idéal pour demain
  4. La construction du projet : reconnecter son idéal pour demain et sa réalité d’aujourd’hui en construisant le chemin à parcourir

Une approche qui a fait ses preuves : 89% des jeunes ayant suivi un parcours Impala de la 4ème à la terminale sont satisfaits de leur choix d’orientation, contre seulement 70% des élèves qui sortent de terminale sans avoir utilisé la solution.

Monter sa boîte dans l’éducation, une vision différente de l’entrepreneuriat

 

Au collège, Hector voulait être entrepreneur ou astrophysicien. Après un stage en astrophysique peu concluant, il poursuit ses études avec l’envie d’entreprendre. Après deux ans de prépa, il intègre l’ESSEC (une grande école de commerce, ndlr) et monte plusieurs projets avec des copains. C’est dans le cadre d’un échange avec la University of California à Berkeley qu’il rencontre l’ami avec lequel il va démarrer Impala. Hector a une intuition : l’orientation est à la fois passionnante et extrêmement problématique. Il a envie de traiter ce sujet mais n’y connaît pas grand chose.

Comment monter sa boîte dans le secteur de l’éducation ? La dynamique start-up est-elle compatible avec les rouages très ancrés du secteur public ? “Au début, on est parti avec deux idées en tête : la tech va tout casser et on est les plus forts. Notre vision était stéréotypée par notre parcours CSP+ / parisien / école de commerce” confie Hector. Ce dernier dénonce la vision “ultra croissance et ultra libérale” de l’entrepreneuriat promue par les grandes écoles.  Pourtant au début, la démarche d’Hector s’inscrivait dans ce système : “on pensait croissance à tout prix, on croyait qu’il fallait absolument qu’on lève des fonds, qu’on travaille 15h par jour. Il fallait qu’on, mais à force de falloir, tu en oublies ce que tu as envie de faire”. 

Ils font donc un pas de côté, rencontrent des professeurs, des conseillers d’orientation, des chercheurs, qui leur permettent de mieux comprendre les problématiques liées à l’orientation. Ils comprennent qu’il ne s’agit pas d’améliorer un processus existant, mais d’apporter une solution à un problème qui a des causes profondes. Un travail long, qui n’est pas compatible avec les méthodologies startup. “Il a fallu déconstruire nos représentations et intégrer ces nouveaux éléments pour faire ce que l’on fait aujourd’hui”. La déconstruction des préjugés, une thématique centrale des programmes créés par Impala

“Au début, on est partis avec deux idées en tête : la tech va tout casser et on est les plus forts. Notre vision était stéréotypée par notre parcours CSP+ / parisien / école de commerce.”

Hector Balas
L'équipe d'Impala

Quelle évolution à 1 ou 2 ans ?

Pour Hector, l’orientation ne s’arrête pas à 17 ans. “On veut continuer d’accompagner les jeunes qui grandissent, deviennent des citoyens et sont amenés à prendre des décisions”. Si l’équipe a commencé avec un public scolaire, ils veulent aller plus loin et accompagner les jeunes dans leurs études supérieures. Une première expérimentation est d’ailleurs en cours avec des classes de BTS. Et s’ils collaborent actuellement avec des établissements partout en France, ils travaillent également avec la Belgique et envisagent la possibilité d’aller vers d’autres pays.

L’orientation, c’est comment tu redeviens acteur de ton propre parcours en définissant ta propre trajectoire” conclut Hector. Des mots qui font écho aux célèbres vers du poème Invictus, rédigé au XIXème siècle par William Ernest Henley : “Je suis le maître de mon destin, je suis le capitaine de mon âme”. Au fil du temps nos préoccupations n’ont pas changé : être soi-même, trouver sa voie et garder la main sur le chemin suivi. L’orientation est un choix décisif dans la vie de chacun, qui nécessite du temps et de la réflexion. 

A l’heure du numérique, où nous sommes sur-sollicités par une multitude de notifications et d’activités, faire un pas de côté pour réfléchir à soi semble plus clé que jamais. Quitte à se creuser les méninges, autant le faire de façon ludique et collaborative !

Pour découvrir Impala : https://www.impala.in/. Si vous souhaitez en savoir plus sur l’éducation et l’orientation, Hector nous conseille deux livres : L’orientation scolaire de Frédérique Weixler et L’éducation réinventée de Salman Khan.

Luce Aubry-François

Suis l’aventure Impact 13

Share via
Copy link
Powered by Social Snap