La Chouette Coop : une alimentation durable du champs à la distribution

Notre alimentation cache souvent de nombreux drames derrière les rayons des supermarchés : gaspillage alimentaire, appauvrissement des sols, suicides de nos agriculteurs. Heureusement, des innovations prennent ces problèmes à bras le corps et proposent de nouveaux modèles. Parmi elles, La Chouette Coop que nous avons rencontré à Toulouse. Depuis 2015, ce supermarché coopératif et participatif s’engage pour une alimentation durable et lutte contre les ravages de l’industrie agro-alimentaire. Basée sur l’éthique et la convivialité, cette coopérative repense notre alimentation, de la production à la distribution.

La Chouette Coop est un supermarché coopératif et collaboratif
De gauche à droite : Soon TANTOLIN et Caroline SY, deux coopérateurs de La Chouette Coop, un supermarché coopératif et collaboratif

Interview et article réalisés par Thomas CHAMBON

Publication le 5 octobre 2021

Notre alimentation repose sur une production néfaste pour l’environnement

La majorité de notre alimentation s’appuie sur une agriculture intensive à fort rendement. En pleine reconstruction depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la France a connu un essor des techniques industrielles d’agriculture. Afin d’optimiser la production des parcelles agricoles, de nouvelles semences ont été développées. Plus résistantes aux saisons, aux maladies ainsi qu’aux insectes, ces nouvelles graines étaient une aubaine pour ces populations ayant vécu des périodes de famine. Mais toute médaille a son revers. Semences stériles asservissant l’agriculture aux aléas du marché des graines ; nécessité de traiter les cultures à coup de pesticides et autres produits chimiques ; très forte augmentation de la consommation en eau et en énergie. Aujourd’hui, nous croulons sous une quantité faramineuse de produits alimentaires dont un tiers sera jeté ! Pour finir, nos sols s’appauvrissent à cause des intrants chimiques utilisés, réduisant les rendements et augmentant les besoins en traitement.

Les circuits de distribution de notre alimentation tuent notre paysannerie à petit feu

Après la production, la distribution. Afin d’écouler ces quantités de produits, les surfaces de vente se sont agrandies ! Le marché est devenu supermarché, puis hypermarché. Afin d’attirer toujours plus de clients, les grandes surfaces ont maintenu une tension constante sur les prix d’achat auprès des producteurs. Entre maladies liées aux pesticides utilisés et salaire de misère, les conditions de travail des agriculteurs restent rudes. La conséquence ? Nos agriculteurs présentent le plus fort taux de suicide en France. Malgré des initiatives de consom’acteurs et de certaines enseignes, les choses avancent lentement. A l’image de la loi EGalim promulguée en Novembre 2018 et en cours de refonte pour améliorer le revenu des agriculteurs.

Notre alimentation est responsable de drames hors de nos frontières

Outre le gaspillage alimentaire, l’épuisement des sols et les conditions de travail déplorables, notre alimentation présente d’autres vices cachés. L’impact humain est considérable. D’un côté, certaines régions du monde sont affamées. La production de denrées exclusivement importées dans les pays riches réquisitionne des terres et une grande quantité d’eau. L’avocat  et le quinoa cultivés en Amérique du Sud en sont des exemples marquants. De l’autre, la surproduction alimentaire étouffe les petits producteurs. Par exemple, les volailles importées en Afrique impactent fortement les aviculteurs locaux.

Notre alimentation s’appuie sur l’industrie agro-alimentaire, transformant les paysans en exploitant agricoles

Un autre modèle d’alimentation plus durable : les supermarché coopératifs et participatifs

Cette agriculture intensive a été une opportunité au milieu du XXième siècle. Elle présente de nombreux inconvénients aujourd’hui. Afin de promouvoir un modèle d’alimentation durable, de la production à la distribution, des initiatives ont vu le jour. Parmi elles, les supermarchés coopératifs et participatifs. Le premier a été créé à New York en 1973 et il existe encore

Le modèle ? Une alimentation durable privilégiée qui s’appuie sur un approvisionnement auprès d’agriculteurs locaux et engagés. De plus, une rémunération juste et digne est proposée aux producteurs. Pour intégrer le supermarché coopératif et participatif, il faut être membre de la coopérative. Un engagement de quelques heures chaque mois permet de réduire au maximum les coûts de fonctionnement. On trouve ainsi des produits pour toutes les bourses ! Ce fonctionnement en autogestion présente un double avantage. Il permet à chaque coopérateur de participer à la vie du supermarché et ainsi de prendre part aux choix des produits vendus. Il est aussi source de convivialité et de bonne humeur.

« Le principe d’un supermarché coopératif et participatif c’est qu’il appartient à tout le monde et chacun a son mot à dire. Les produits sont proposés par le supermarché car nous l’avons souhaité. Et les personnes qui nous rejoindront auront autant de poids pour décider que nous. »

Soon TANTOLIN, coopérateur de La Chouette Coop

Un supermarché engagé grâce à ses coopérateurs

C’est sur ce modèle participatif pour une alimentation durable que s’est fondée La Chouette Coop. Créée en 2015, cette initiative a démarré comme centrale d’achat. Les clients précommandaient leurs produits et venaient les récupérer. Dès 2016, cette coopérative a son premier local de 95m² : Le Lab. Soon TANTOLIN, coopérateur de la première heure se rappelle : « Nous avons testé notre modèle. C’était un moyen de monter doucement en puissance. » Et cela a porté ses fruits ! En 2020, La Chouette Coop possède un espace de 175m² au 5 rue René Leduc à Toulouse et rassemble 880 sociétaires. 

Soon explique que pour intégrer La Chouette Coop, il faut acheter une (10€) ou plusieurs parts sociales de la coopérative. Les coopérateurs s’engagent aussi à effectuer 3h de PIAF toutes les 4 semaines (Participation Indispensable Au Fonctionnement). Et il y en a pour tous les talents : réception des aliments, approvisionnement des rayons, la caisse… Timide ? Ne vous en faites pas, les nouveaux arrivants sont accompagnés et formés par les anciens.

« L'autogestion c’est pouvoir décider par soi même. C’est important pour moi que les coopérateurs de La Chouette Coop soient ceux qui viennent tous les jours. Cela fait peut-être Miss France mais nous portons toutes et tous des valeurs d’éthique et de bienveillance. Nous voulons un peu changer le monde à notre façon. »

Caroline SY, coopératrice de la Chouette Coop

Avec La Chouette Coop, ce n’est plus la course pour faire ses courses

Au fonctionnement éthique envers les producteurs s’ajoute une démarche anti-gaspillage. Grâce aux circuits courts, aux réductions proposées lorsque la date limite de consommation (DLC) est proche et aux dons, on ne retrouve que peu d’aliments dans les poubelles de La Chouette Coop. De plus, chacun des coopérateurs est invité à proposer ses idées. Des groupes se forment lorsqu’un sujet est proposé et le travail collectif fait le reste. Caroline SY a rejoint le supermarché il y a quelques années. Pour elle, ce fonctionnement participatif permet l’adhésion de toutes et tous : « Il n’y a pas de critique car chacun s’implique ».

La Chouette Coop est aussi un lieu d’échange et de sensibilisation. Des ateliers sont organisés en interne sur l’agriculture et de l’alimentation durable. De plus, des liens avec d’autres associations sont fréquents. Une ambiance conviviale et chaleureuse qui est bénéfique. Grâce à ses valeurs, La Chouette Coop est lauréate de « Dessine moi Toulouse ». D’ici 2023, elle sera l’heureuse locataire d’un lieu d’environ 600m² dans le quartier de Jolimont. Plus d’excuses pour ne pas envisager d’y faire ses courses !

« Vu l’ambiance, nous n’avons même pas l’impression de piaffer (“travailler”) et c’est un plaisir de venir faire ses courses. Alors n’hésitez pas à nous rejoindre. Il y a encore pleins de choses à créer et vous aurez le pouvoir de modifier le supermarché ! »

Soon TANTOLIN, sociétaire de La Chouette Coop

Notre alimentation repose sur un modèle d’un autre temps, à l’origine de désastres sociaux et environnementaux. Par nos choix de consommation, nous pouvons choisir d’être complices ou bien adversaires de l’industrie agro-alimentaire. Et cela démarre avec notre rôle de consom’acteur auprès de la grande distribution. Les supermarchés coopératifs et participatifs sont une alternative éthique et conviviale. Renseignez-vous, il y en a certainement une proche de chez vous !

« L’optimisme est à la vie ce que le vent est à la voile »

Vivian Noret, futur agriculteur engagé

Les défis qui entourent l’alimentation t’intéressent ? Découvre également nos articles sur le Collectif TRESS, qui rassemble des traiteurs engagés, et la marque BioDemain, qui soutien les agriculteurs dans leur transition vers le bio !

Thomas Chambon

Tu as aimé cet article ? Fais le découvrir !

Share on facebook
Facebook
Share on twitter
Twitter
Share on linkedin
LinkedIn
Suis l’aventure Impact 13

Share via
Copy link
Powered by Social Snap