Les Biens en Commun : l’économie du partage version petit électroménager

Un aspirateur est vendu toutes les 10 secondes en France. Pourtant, ces appareils passent 99% de leur temps dans un placard. Pour limiter l’impact écologique de cette consommation de masse, Yann Lemoine a créé Les Biens en Commun, un service de location d’ultra-proximité de petit électroménager. Nous avons découvert son premier prototype dans une résidence étudiante de Lyon.

Yann Lemoine, fondateur des Biens en Commun

Interview réalisée par Valentin Worms, article rédigé par Luce Aubry-François 

Publication le 27 avril 2021

Nous retrouvons Yann dans le 3ème arrondissement de Lyon, dans la résidence Phileas Lodge (groupe Studilodge), où le premier prototype des Biens en Commun vient d’être installé. Une série de casiers fermés borde le hall d’entrée de la résidence. Yann effectue quelques manipulations sur l’écran situé à gauche des casiers. En une poignée de secondes, les casiers s’ouvrent un à un, révélant des aspirateurs, des fers à repasser, des appareils raclettes… Un sourire s’imprime sur ses lèvres : le dispositif fonctionne.

Notre modèle de surconsommation ne peut plus continuer

Je suis convaincu que ce modèle basé sur la production et la consommation de masse va droit dans le mur.

Yann Lemoine

Une étude menée par l’ADEME montre que 90% des foyers possèdent un aspirateur. Pourtant, seuls 50% l’utilisent au moins une fois par semaine. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres : chaque foyer possède en moyenne 15 équipements électroménagers. L’étude montre par ailleurs que 85% de ces appareils sont achetés neufs. Les conséquences de cette consommation de masse sur l’environnement sont terribles. Les matières premières consommées pour produire ces équipements créent une pression sur les ressources naturelles, qui sont malheureusement limitées. L’énergie utilisée pour produire ces biens et les acheminer vers la France génère une forte empreinte carbone. Enfin, ces appareils sont rarement recyclables. De la production à la fin de vie, chaque appareil acheté contribue à détruire un peu plus nos écosystèmes. 

L’évolution de l’homme vue par Les Biens en Commun

La mutualisation, un système qui a du mal à se démocratiser

Pour que l’utilisateur adopte la mutualisation, il faut lui proposer les mêmes avantages que la propriété : proximité, disponibilité au moment du besoin, bon fonctionnement et autonomie.

Pour réduire l’impact sur la planète de notre surconsommation d’appareils domestiques, Yann fait le pari de la mutualisation. Il distingue deux modèles. Le premier est la location de matériel auprès d’une entité qui gère la mise en service. On retrouve ici les bibliothèques, les services de mise à disposition de vélos (Vélo’v, Vélib) ou plus récemment de trottinettes électriques (Hive, Dotte). Le second modèle est le partage direct entre utilisateurs. L’un des acteurs les plus connus est Drivy, un système de location de voiture entre particuliers.

Du côté de l’électro-ménager, quelques solutions existent mais elles ont du mal à décoller. Kiloutou et Leroy Merlin proposent une large gamme d’équipements disponibles à la location. Du côté des particuliers, la plateforme ShareVoisins permet à des voisins de se prêter des équipements. Pour Yann, ces solutions ont du mal à se démocratiser car elles apportent trop de contraintes à l’utilisateur. « Pour que l’utilisateur adopte la mutualisation, il faut lui proposer les mêmes avantages que la propriété : proximité, disponibilité au moment du besoin, bon fonctionnement et autonomie » confie-t-il. Très vite, il apparaît qu’aucune des solutions actuelles ne permet de répondre à ces 4 besoins. 

Une mise en commun sans contrainte, la solution de Yann

Avec Les Biens en Commun, Yann veut apporter à ses utilisateurs tous les avantages de la propriété. Sa solution est un service de location d’appareils domestiques à travers des casiers connectés situés dans les halls d’entrée de résidences. L’utilisateur accède au service via une interface numérique qui lui permet de voir la disponibilité, réserver son appareil et payer le montant de la location. Il obtient alors un code qui lui permettra d’ouvrir le casier. Chaque appareil peut être réservé pour un créneau d’utilisation déterminé. Ce laps de temps est adapté à chaque équipement : 1h30 pour un aspirateur, 5h pour un appareil à raclette.

Le premier prototype des Biens en Commun, dans la résidence Phileas Lodge à Lyon

Une étude de marché a permis à Yann de comprendre que ce service pouvait intéresser de nombreux publics aux situations très différentes. Il a choisi d’expérimenter sa solution auprès d’un public étudiant : une cible idéale car ils ne possèdent pas d’équipements et n’ont pas encore d’habitudes d’utilisation. De plus, Yann peut traiter directement avec le gestionnaire de la résidence, ce qui simplifie les démarches. Chaque groupe de résidence possédant plusieurs logements, il pourra enfin déployer sa solution rapidement si le test s’avère concluant.

Yann s’est ensuite interrogé sur le type d’appareil à proposer. Pour cela, il a conduit une enquête auprès d’une centaine d’étudiants. Les résultats montrent que 85% des jeunes sont intéressés par la possibilité de louer un aspirateur ou un fer à repasser. L’appareil à raclette vient en troisième position, puis le vidéo projecteur. Ces équipements rejoignent une liste de 11 appareils, qui regroupent également des planchas et des perceuses. L’ensemble est fourni par SEB, Leroy Merlin et Boulanger. Des produits neufs, de bonne qualité et plus durables. C’est là un autre objectif des Biens en Commun : donner accès à du petit électroménager de qualité à davantage de personnes.

L’interface web des Biens en Commun

Développement local, essaimage, quelles perspectives pour Les Biens en Commun ?

Avec ce premier prototype, Les Biens en Commun entre dans la phase de preuve de marché. L’objectif de Yann à très court terme est de tester le fonctionnement de sa solution et sa viabilité économique. Les utilisateurs payent le service à l’utilisation. Les tarifs sont fixés par appareil pour une durée d’utilisation standard. La location d’un aspirateur pour 1h30 coûte par exemple 1,50€. Celle d’un appareil à raclette coûte 5€ pour une durée de 5h. En parallèle, il est actuellement prévu que les résidences financent la mise à disposition du service via un abonnement mensuel proportionnel au nombre de locataires.

Si le prototype fonctionne bien, il projette de lever les fonds nécessaires pour démarrer l’activité commerciale auprès des résidences étudiantes d’ici fin 2021. Cela permettra notamment de recruter des personnes pour l’accompagner sur le plan opérationnel et client. S’il trouve des fonds d’ici là, il projette de financer quelques études de faisabilité, une vidéo de communication et pourquoi pas de déployer un deuxième prototype.

Mais les projections de Yann ne s’arrêtent pas là. Son ambition est d’équiper le plus d’immeubles possibles sur un même territoire pour en réduire significativement l’empreinte environnementale. Déployer Les Biens en Commun dans un maximum de résidences étudiantes ou autres partout en France, oui, ce sera l’objectif si le projet prouve son intérêt. Mais il pense laisser  à d’autres acteurs le soin d’essaimer le modèle. Une solution qui lui permettra d’atteindre son objectif au point de vue local, tout en garantissant un déploiement rapide du dispositif.

Appareils, durées d'utilisation et coûts de location proposés actuellement par Les Biens en Commun

A travers Les Biens en Commun, Yann fait de la mutualisation une alternative crédible à la propriété et offre une alternative au modèle consumériste actuel. « On est tous confrontés à ces envies, ces tentations de consommer qu’on nous matraque à la figure chaque jour. Plutôt que 1% de la population soit parfaite, je préfèrerais que 60% soit sur une tendance visant à réduire notre impact environnemental » confie-t-il. Nous n’avons qu’un pas à faire pour que notre modèle socio-économique évolue et contribue à une société plus responsable. Le chemin ne fait que commencer mais avec des initiatives comme celle de Yann, la route sera moins longue !

Pour découvrir Les Biens en Commun : https://lesbiensencommun.com/

Les Biens en Commun lancent actuellement leur campagne de crowdfunding ! N’hésitez pas à les soutenir ! 

L’économie de partage t’intéresse ? Découvre aussi Share & Smile, une solution qui allie cabinet de conseil, plateforme de partage d’objets et ateliers collectifs  !

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