Make.org : la solution citoyenne pour participer au changement

Les réseaux sociaux, après avoir donné à chacun la possibilité de faire valoir son avis, se sont transformés en des lieux où toute discussion semble impossible. Make.org tente depuis quatre ans d’offrir une alternative pour réunir les citoyens autour de grandes causes et rendre notre démocratie plus participative. Pour quels résultats? 

Alicia Combaz - Co-fondatrice de Make.org
Alicia Combaz - Co-fondatrice de Make.org

Interview et article réalisés par Valentin Worms 

Publication le 25 février 2021

Cet article est proposé en partenariat avec Démocratie Ouverte, mouvement qui regroupe les acteurs de l’innovation démocratique en France.

Je rencontre Alicia Combaz, cofondatrice et directrice de Make.org  au Philantrolab, nouveau lieu de coworking dédié aux acteurs de la philanthropie à Paris. Le lieu ne pourrait être mieux choisi pour cette entreprise qui compte parmi les leaders de la civictech françaises (comprenez la contraction de civique et de technologie, les solutions pour réinventer la démocratie par le digital).

“On s’est créés sur l’observation que nos démocraties étaient en danger, que l’on manquait de socles communs et donc on a créé une plateforme d’engagement citoyen, d’action collective, qui est Make.org.”

Alicia Combaz

En France, ces solutions commencent à émerger. Certaines servent à consulter les citoyens et à recueillir leurs propositions, d’autres à transformer la relation entre les élus et les citoyens, d’autres encore souhaitent apporter plus de transparence sur la sphère politique. 

La plateforme Cap Collectif, utilisée à l’occasion du Grand Débat National destiné à apporter une réponse  à la crise des gilets jaunes a marqué la première utilisation à grande échelle de ces méthodes pour permettre au grand public de s’exprimer directement sur des propositions. Bien que certains doutent de l’impact à long terme de cette consultation, cela marque un tournant.  600 000 françaises et français ont participé en ligne et 1,5 million au total (Source : Cap-Collectif). D’autres villes françaises ont fait le choix de recourir à Fluicity, autre acteur de la Civictech, pour faciliter le lien entre les habitants et les élus, notamment concernant les budgets participatifs. Des systèmes d’engagements différents tels que les pétitions de Change.org ont aussi permis des avancées concrètes dans la sphère publique. 

“Aujourd’hui la démocratie participative ce n’est plus un mirage. Il y a 4 ans, quand on s’est lancés, peu de gens comprenaient ce que l’on faisait chez Make. Entre temps, on a eu les gilets jaunes, la convention citoyenne et on a une maturité du marché qui s’est accélérée ces derniers mois.”

Alicia Combaz

Retour en 2016 : des super interfaces pour toutes nos solutions … sauf pour la démocratie ?

“Souvent, quand j’arrivais sur un site dont l’objectif était de m’engager sur la démocratie participative ou dans l’impact, ça devenait moins fun, moins sympa. J’ai passé 10 ans sur ces thématiques et je me suis donc dit, pourquoi ne le ferais-je pas pour des sujets de société et d’impact.”

Alicia Combaz

Commander un taxi sur Uber ou Heetch, apprendre une nouvelle langue sur Duolingo, communiquer par des messageries instantanées, toutes ces interfaces sont devenues extrêmement simples et agréables à utiliser. Mais alors, quelles solutions pour faire passer la participation à la vie démocratie au 21ème siècle ? 

Forte de plusieurs expériences sur le design d’interfaces pour des produits numériques, Alicia rencontre Axel Dauchez en travaillant pour la plateforme de streaming musical Deezer que ce dernier dirige alors. Progressivement, au fil de discussions, ils décident de réunir leur expertise des produits numériques et de leur volonté de s’engager sur les enjeux de société :

“Nous avons commencé à échanger autour des problématiques de société. De là est née l'idée de faire un lien entre ces problématiques et le fait de créer une plateforme, un produit pour répondre à cette demande !”

Alicia Combaz

Inspirée par la vidéo TED “Comment mettre à jour la démocratie à l’ère d’Internet” de Pia Mancini, l’une des pionnières sur les sujets de démocratie participative par le numérique, Alicia Combaz décide de se lancer en 2016 avec Axel Dauchez pour créer ce qui deviendra Make.org.

Qu'est-ce que c’est Make.org ?

Make.org, c’est ce que l’on appelle une plateforme de démocratie participative : un site web où les citoyens peuvent s’exprimer sur des sujets de société.

L’entreprise a deux moyens d’actions pour impliquer les personnes dans la transformation positive de la société : d’une part des consultations et mises en place d’actions autour de grandes causes sociétales et d’autre part des consultations pré-électorales pour mieux comprendre les attentes des citoyens.

Sur les grandes causes, il s’agit de la mise en place de consultations citoyennes sur des sujets d’intérêt général. Les sujets sont forts, parfois tabous :  lutter contre les violences faites aux femmes, mieux prendre soin de nos aînés, entre autres. Autant de sujets sur lesquels nous avons tous un avis, mais pas toujours le même. 

Chacun peut faire des propositions en 140 caractères et voter sur celles des autres. Au bout de deux mois, l’équipe et aussi leurs algorithmes se mettent à trier les propositions. Comme l’explique Alicia, le résultat de la consultation donne « une géographie très claire de là où sont consensus selon les françaises et les français, et, où sont les dissensus”.

Consultation citoyenne en cours en partenariat avec France Bleu pour faire émerger les solutions locales partout en France

Le but final est clair, c’est l’action !

On va prendre ces consensus et on va dire “Vous avez aujourd’hui plus de 500 000 français qui disent qu’il faut agir sur ces sujets. Ces consensus vont être une clé de collaboration incroyable pour travailler avec les citoyennes et les citoyens qui ont contribué mais également avec les associations et avec des entreprises qui prennent leur rôle sociétal sur ces sujets là.”

Alicia Combaz

Citoyens, associations, entreprises, experts sont alors réunis par Make.org lors d’ateliers plus restreints pour la mise en place d’un plan clair d’une dizaine d’actions qu’ils souhaitent ensuite mettre en place sur 3 ans, grâce au financement du fond de dotation de l’entreprise (plans d’actions disponibles ici). 

Les entreprises qui s’engagent sont essentielles pour financer ces campagnes.  Il faut de l’argent pour faire du bruit, pour aller chercher les gens qui participent, pour promouvoir la consultation, aussi des acteurs de la pub qui vont offrir des espaces gracieux. Make.org remplit aussi la caisse de son fond de dotation par ses autres revenus. C’est grâce à ces financements et à ceux des entreprises que les actions peuvent être mises en place.

Le numérique comme outil pour participer à la vie en société, encore un privilège pour les jeunes des villes ?

“On va aller à la rencontre des gens. Le problème de la démocratie participative c’est quand il faut faire l’effort d’aller sur un site. Là, on va autour de chez eux.”

Alicia Combaz

L’équipe Make.org n’en n’est pas à son coup d’essai. Ils ont réussi à “mettre autour de la table” des millions de français autour d’une question simple : “comment répondre aux violences faites aux femmes ?” 

Make.org semble avoir trouvé une solution pour ne pas tomber dans le piège du tout numérique. Par des partenariats avec des radios, la presse locale, par l’installation de tablettes à la mairie, ils sont capables d’aller obtenir les réponses des habitants là où ils sont, sans changer leurs habitudes. 

Consultation récente sur le site de Make.org pour améliorer la place des personnes âgées dans la société
Consultation récente sur le site de Make.org pour améliorer la place des personnes âgées dans la société

Le web pour consulter les citoyens avant les élections ?

Make a aussi développé sa solution pour les acteurs publics, ministères, collectivités pour leur permettre de s’exprimer sur les politiques publiques, au-delà du bulletin du vote à échéance régulière. 

Des erreurs à éviter à tout prix

L’erreur à éviter, me confie Alicia, est de réaliser des initiatives de démocratie participative qui ne sont pas assez massives et peuvent permettre à des groupes d’intérêt particulier d’être mis en avant.

"Il faut associer à la massivité de la participation un pilotage très fin de la représentativité des participantes et des participants ; Il faut également s'assurer d'avoir un site accessible ; concernant les groupes d'intérêt, il est tout à fait normal qu'ils s'expriment dans les consultations ; il faut cependant avoir des outils d'analyse suffisamment puissants pour les isoler si nécessaires et ne pas biaiser les résultats" 

Alicia Combaz

Interrogée sur l’avenir des outils de démocratie participative, Alicia partage qu’il reste du chemin à parcourir et que les erreurs sont possibles : ne pas être représentatif ou ne pas répondre aux citoyens qui se seraient exprimés. Cependant, je partage son analyse, nous sommes au pied du mur et toutes les solutions pour renouer le dialogue entre les citoyens aux avis toujours plus divergents et entre les citoyens et leurs représentants, sont les bienvenues. 

En lire plus sur la démocratie participative : 

Le site civictechno.fr

Démocratie Ouverte, le collectif de l’innovation démocratie (et partenaire d’Impact 13)

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