Railcoop renforce la place du train en France

90% des français habitent à moins de dix kilomètres d’une gare mais 30% des gares ne sont plus desservies¹ . Railcoop, la première coopérative ferroviaire française, a une ambition forte : renforcer la place du train en France. Nous avons interviewé Quentin Neurohr, membre bénévole de leur conseil d’administration et consultant en mobilité.

Vidéo proposée par Antinéa Esteban et Simon Gadrey

Interview et article réalisés par Valentin Worms

Publication le 24 février 2021

L’interview de Railcoop est proposée en partenariat avec la Chambre Régionale de l’Economie Sociale et Solidaire de la région Auvergne Rhône-Alpes (CRESS AuRA)

Disons-le d’emblée, le train présente de nombreux avantages à l’heure de la transition vers les mobilités à faibles émissions carbone : infrastructures déjà très développées et fonctionnement à l’électricité pour 80% d’entre eux. En France, circuler entre deux grandes villes est à la fois rapide et pas nécessairement coûteux au vu des formules d’abonnements mises en place (TGV Max, carte week-end, …) et des offres low cost de trains Ouigo.

Pourtant, les trajets longue distance entre deux villes de taille moyenne restent souvent compliqués, d’autant plus si vous souhaitez aller d’une petite ville à une autre petite ville située assez loin de la première.

Des trajets simples sur les très grands axes mais moins entre villes de taille moyenne

Autant, beaucoup d’autres pays nous envient notre réseau de TGV, le deuxième plus important d’Europe après l’Espagne, qui permet notamment d’aller de Paris à Lyon en seulement 2h10.  

Autant aller de Bordeaux à Lyon en train n’est pas une aventure des plus pratiques. Il vous faudra prendre deux TGV en passant par Paris, avec une correspondance en métro pour changer de gare, soit un trajet d’environ 6h. Il exclut également toutes les villes de tailles moyennes entre ces deux axes, renforçant la concentration des richesses dans les territoires les plus urbains et les mieux desservis. La voiture vous prendra 5h30 (sans les pauses) et finalement, le plus intéressant, en termes de temps, et possiblement de prix, reste l’avion. Ce qui est problématique à l’heure où l’on cherche à diminuer l’empreinte carbone des transports. Ainsi l’empreinte carbone pour un trajet national longue distance en France est 15 fois supérieure en avion qu’en train (c’est 43 fois plus que pour le TGV).

En effet, d’après le rapport de 2018 de l’autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (ARAFER), 80 % des circulations de trains de voyageurs sont concentrées sur 27 % du réseau ferroviaire. Ce rapport indique ainsi que les trains intercités ont vu leur fréquentation diminuer de 6,5% en 2016 alors que la fréquentation des autres moyens de transport augmentait. La faute à une offre inadaptée ? Pas seulement. Au cours des 10 dernières années, l’offre s’est largement renforcée pour se déplacer : les compagnies de bus longues distances se sont menées une guerre des prix féroce et le covoiturage s’est largement développé en offrant une bien plus grande flexibilité que le train.

Une ouverture du réseau ferré à d’autres entreprises

Vous vous êtes peut-être déjà dit que si d’autres entreprises pouvaient faire rouler des trains en France, cela changerait la donne. C’est possible depuis l’ouverture à la concurrence de l’exploitation du réseau ferroviaire encouragée par la Commission Européenne.

Depuis fin 2019, les régions peuvent missionner d’autres opérateurs de transport que la SNCF pour opérer les TER. 
Cette opportunité s’est étendue au reste du réseau depuis la fin 2020. Cependant, avec le Covid, les entreprises qui s’étaient manifestées comme Trenitalia, le principal opérateur ferroviaire en Italie ou Flixbus, ont pour l’instant jeté l’éponge (Article des Echos).

Railcoop, une coopérative pour renforcer l’usage du train en France

Railcoop, rien que le nom nous en dit long : la combinaison du rail et du statut d’entreprise coopérative. 

Créée fin 2019 par un petit groupe de passionnés de ferroviaire et d’écologie, cette coopérative est allée très vite et devrait dès cette année faire rouler des trains de marchandises. Imaginez, en seulement une année, être capable de faire rouler des trains ! 

Quentin nous explique que leur objectif est de stimuler la réflexion et les actions sur le ferroviaire. L’idée est de renforcer la part du train dans les transports en France, au détriment de la voiture et de l’aérien. Leur but : accélérer la transition écologique mais aussi de faciliter la mobilité des territoires ruraux et semi-ruraux. Particulièrement sur certains axes où les lignes de train ont été arrêtées.

Compléter le réseau existant de la SNCF

Pour Railcoop, la volonté ne semble pas, du moins à court terme, d’aller concurrencer la SNCF mais plutôt de compléter l’offre existante. 

“Dès le début, on a établi un contact avec la SNCF, y compris le PDG, on n’a pas vocation à aller faire un Paris-Lyon ou les autres lignes les plus rentables pour leur prendre des parts de marché. Ce n’est pas notre objectif. Quand on parle de réseau ferroviaire, il faut s’imaginer une toile d’araignée ou un filet : le filet, plus il a de nœuds, plus il est solide. Nous, on va créer des nœuds, en ajoutant un Bordeaux-Lyon, on va créer des correspondances, avec des TER,”

Quentin Neurohr

Début 2021, la coopérative a réussi à obtenir ce qui était un défi de taille : les 1,5 millions d’euros nécessaires pour obtenir la licence ferroviaire auprès du ministère chargé des transports (montant qui deviendra effectif lors du futur conseil d’administration de Railcoop). Après avoir mis quasiment 1 an pour trouver les 3000 sociétaires (un sociétaire est l’équivalent en coopérative d’un actionnaire dans une entreprise privée), il ne leur a fallu qu’un mois pour obtenir les 3000 suivants. Des collectivités publiques telles que le département de la Creuse ont aussi investi, signe du besoin du projet pour les territoires.

“Il y a des attentes sur le train. A chaque fois que je me déplace quelque part, mon premier réflexe c’est de regarder le train. Mais dès qu’on quitte les grandes villes, prendre le train c’est un acte de foi, un acte de bravoure"

Quentin Neurohr

La prochaine étape sera de recruter des cheminots et du personnel pour vendre les billets en gare mais surtout acheter ou louer des trains. Hors “un train neuf, c’est autour de 10 millions d’euros,” nous dit Quentin.

Les lignes choisies pour commencer sont symboliques. Le fret (transport de marchandise) qui démarrera en 2021 se déroulera entre Toulouse et Capdenac (proche de Figeac), ville où tout a commencé pour cette jeune aventure. Quant à la première ligne de voyageurs, Bordeaux-Lyon, elle vise à redonner vie à une ligne fermée en 2014. Cette dernière répondait pourtant à un réel besoin, selon ses défenseurs.

"Jusqu'au dernier jour d’opération de la ligne en 2014, c'était un train qui était rempli, qui était utile”

Quentin Neurohr

Le billet pour parcourir l’ensemble du trajet devrait être proposé au tarif moyen de 38 euros, prix calqué sur le covoiturage, dans une volonté d’accessibilité.

Ligne Lyon-Bordeaux
Future ligne Bordeaux-Lyon

Une organisation inhabituelle pour répondre à de tels enjeux

La structure, qui se décrit comme une entreprise d’innovation ferroviaire sous forme coopérative, a un fonctionnement assez différent d’une entreprise classique. Leur statut coopératif revient à faire de chaque sociétaire le propriétaire d’une partie de l’organisation.

En revanche, à l’inverse d’une entreprise classique où une action (part de l’entreprise) peut voir sa valeur évoluer ou diminuer, une part dans Railcoop est fixée à 100 euros et ne bouge pas avec le temps. Surtout, une personne correspond à un droit de vote. 6000 personnes prennent donc les décisions importantes et vous avez le même pouvoir que vous ayez investi 600 euros ou 60 000 euros. L’objectif est aussi que les sociétaires s’engagent dans le projet au-delà de leur apport financier, en prenant part aux nombreux cercles de réflexions et d’actions au sein de l’organisation. Il s’agit d’un modèle atypique car il n’y pas de retour financier direct sur investissement pour personnes et des entreprises qui mettent de l’argent dans l’entreprise.

Les projets de lignes sont multiples, l’ambition et les valeurs sont fortes et on ne peut que se réjouir de voir leur début très impressionnant.

1. Source « 90% des français habitent à moins de dix kilomètres d’une gare mais 30% des gares ne sont plus desservies » 

Pour en apprendre plus sur l’aventure Railcoop, découvrez vite les dessous de l’aventure, leurs relations avec la SNCF et leurs ambitions dans notre podcast.

 

Valentin Worms 

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