Rendre les entreprises plus durables tout en finançant les associations : le pari de Mao Boa

Faire évoluer à la fois les comportements individuels et les modèles des entreprises tout en finançant les associations, est-ce possible ? C’est en tout cas le concept développé par Mao Boa, jeune start up marseillaise qui aspire à faire tout cela grâce à des challenges d’actions éco-responsables en partenariat avec des associations.

Article proposé par Valentin Worms

Publié le 25 janvier 2021

L’interview de Mao Boa est proposée en partenariat avec l’incubateur INCOPLEX Green Sud, structure d’accompagnement des entreprises

à impact en région sud.

31 décembre 2020, une année vient de s’écouler pendant laquelle la prise de conscience sur les “bullshits jobs”, autrement dit les emplois “à la con”, a explosé. Fini le “métro, boulot, dodo” hyperactif  pour tous ceux qui se sont retrouvés considérés comme “non essentiels” et donc priés de rester chez eux.

Ce n’est pas une nouveauté, les salariés cherchent de plus en plus de sens dans leur métier, dans leur quotidien. Ainsi, 51% des travailleurs déclarent ne pas vouloir travailler pour une entreprise qui n’a pas d’engagement social ou environnemental fort (étude Cone Communication) quand 73% souhaitent être directement impliqués dans cette stratégie RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) (Etude MEDEF & Le Rameau).

C’est à cette problématique que Mao Boa a décidé de s’attaquer. 

Un schéma simple.

Les employés choisissent des associations qu’ils souhaitent soutenir financièrement puis se retrouvent en équipe à réaliser des défis éco-responsables, décidés de façon collaborative avec leur direction.

Par exemple, venir travailler à vélo, manger des produits locaux au déjeuner, limiter la consommation de papier, mais aussi à l’échelle plus collective, comme changer de fournisseurs en faveur d’autres plus consciencieux de leur impact sur l’environnement. L’idée est de sensibiliser les salariés sur les actions qu’il est possible de mettre en place, sans les imposer.

On est en droit d’être sceptique. Est-il encore raisonnable en 2021 de faire reposer les changements d’habitudes sur les consciences individuelles alors même que les entreprises sont à l’origine d’une grande partie des effets du changement climatique et des problèmes sociaux et environnementaux auxquels nous faisons face ? N’est-ce pas un peu facile pour les entreprises de se donner bonne conscience, et potentiellement bonne presse en encourageant leurs salariés à manger plus de légumes verts et moins de steaks saignants à la cantine ?

Pourtant, Maxime Marchand, co-fondateur de Mao Boa nous l’assure, ce n’est certainement pas du greenwashing. Ils utilisent les outils mis à disposition par l’Agence pour l’environnement et la transition écologique (l’ADEME) et sont donc capables d’estimer l’impact de chaque challenge réalisé par leurs clients. Une annonce bienvenue quand on connaît la propension des startups à imaginer des effets positifs sur tout ce qui peut l’être comme arguments de vente. 

Faire évoluer les collaborateurs, un premier pas pour faire bouger les modèles d’entreprises 

 

Le génie de l’idée vient surtout par ricochet. C’est-à-dire ?! Les employés, en s’engageant à avoir des comportements plus responsables, encouragés par leur entreprise, renforcent aussi leurs attentes par rapport à leur direction. C’est comme cela que les éléments plus stratégiques comme la façon de produire, de répartir la valeur ajoutée, de choisir ses matériaux, peut-être amenée à changer.

Maxime nous partage sa vision : 

“ Si on ne propose que des actions éco-responsables à un niveau individuel, je vais changer ma vie, ma manière de consommer mais je ne vais pas changer la vie de ma boîte. C’est pour cela que l’on a intégré des challenges dits “business” qui permettent de mettre en place des initiatives concrètes pour mon entreprise. “

D’autant plus que Mao Boa ambitionne de s’adresser aux PME et aux entreprises de tailles intermédiaires (dites ETI, entre 500 et 4999 salariés), qui représentent 49% de l’emploi salarié en France (INSEE, Etude Ipsos pour Randstad,2016), bien plus que les grands groupes dans lesquels des dispositifs similaires sont déjà déployés. La réflexion est intéressante. Plutôt que de quitter mon entreprise pour une entreprise plus engagée, plus responsable, n’est-ce pas plus important, ou pertinent, de transformer celle que je connais, pour laquelle je travaille actuellement ?

Non content de vouloir faire bouger les entreprises et modifier les comportements individuels, Mao Boa motive les employés qui utilisent l’application en reversant directement de l’argent aux associations choisies par les équipes qui gagnent les défis. Ces dons sont payés par l’entreprise.

Un modèle qui vient soutenir les associations d’une manière différente

 

A l’inverse d’autres modèles dans lesquels les salariés donnent directement de leur temps aux entreprises par le mécénat de compétences, l’action des salariés sur l’application Mao Boa va financer les associations en espèces sonnantes et trébuchantes. Bien que le mécénat de compétences soit une superbe invention, les associations peuvent avoir des besoins à long terme ou de compétences différentes de celles que l’entreprise peut offrir. Avec ces financements, l’association peut alors embaucher ou investir pour pérenniser son action. Maxime est un pragmatique, il est conscient que beaucoup d’entreprises ne peuvent ou ne souhaitent pas nécessairement donner une journée à une association, au vu du coût conséquent que cela engendre, sans forcément entraîner d’actions pérennes »

Seul point qui pourrait manquer, cela ne vous donne pas l’opportunité de travailler concrètement avec l’association choisie mais rien ne vous empêche ensuite de le faire en dehors de votre travail. Ainsi, certains salariés de l’entreprises cliente, Carré Bleu, après les défis, se sont engagés bénévolement pour l’association Les Apprentis D’auteuils qu’ils avaient soutenus via Mao Boa.

Quel modèle économique pour Mao Boa ?

 

Mao Boa se rémunère sur des prestations de conseil pour co-créer les challenges avec l’entreprise et sur les abonnements vendus aux entreprises, le prix variant en fonction du nombre d’employés sur la plateforme. Évidemment, aucun pourcentage n’est pris sur les dons aux associations ni pour les intégrer dans la plateforme.

Maxime, a décidé de se lancer dans cette aventure entrepreneuriale après un début de carrière chez CMA CGM, géant du transport maritime. Fort des constats que, d’une part, la direction souhaitait renforcer la stratégie RSE, et, d’autre part, que les salariés souhaitaient en être partie prenante (s’engager concrètement, pas simplement attendre que le service RSE de leur entreprise le fasse, peut-être très bien, mais dans son coin).

Fort d’une envie d’entreprendre, il quitte le groupe CMA CGM et se frotte à la réalité de la création d’entreprise. Tout n’est pas simple. Fini la facilité du costard cravate et la carte de visite que tout le monde reconnaît, nous confiera-t-il.

“Il y a un peu deux mondes, il y a le monde qu’on lit sur Linkedin et le monde réeel”. La réalité c’est se prendre beaucoup de baffes et essayer d’être toujours en avance pour prouver ce que l’on est capable de faire ! On se rend pourtant toujours compte en entrepreneuriat qu’au début le concept est un peu bancal, il faut s’adapter et c’est donc un peu la course à atteindre la prochaine étape. L’envers du décor est souvent partagé de manière bonifiée, il ne faut surtout pas partir seul.”

Maxime Marchand

 

Découvrez l’histoire détaillée de Mao Boa, le parcours de Maxime Marchand et les rouages de cette aventure entrepreneuriale en écoutant notre podcast. Restez informé en vous abonnant à notre newsletter.

Suis l’aventure Impact 13

Share via
Copy link
Powered by Social Snap