Sens au travail, fiction ou réalité?

Impact 13 était au salon PRODURABLE 2021. On y a parlé développement durable et RSE 2.0 (Responsabilité Sociale ou Sociétale des Entreprises). Concrètement, qu’est ce que ça change? La RSE 1.0, jusqu’alors très centrée sur les problématiques internes aux entreprises, s’emploie désormais à les faire contribuer aux enjeux environnementaux et sociétaux. Les collaborateurs sont au coeur de cette démarche d’engagement. Nous verrons l’exemple de Milton et Wenabi, deux initiatives à impact rencontrées sur le salon qui embarquent les salariés en mode 2.0.

Salon Produrable 2020
© PRODURABLE 2020, Gaël Kazaz

Interview et article réalisés par Sixtine Fenard

Publication le 1er octobre 2021

La révolution de la RSE et du développement durable

Lorsque Cécile Colonna d’Istria fonde PRODURABLE, il y a 14 ans, elle est « convaincue que la révolution du développement durable est en marche et que l’entreprise doit être au cœur du dispositif ». 

La fréquentation record de l’événement, + de 8000 participants en 2021, témoigne de l’investissement croissant des entreprises dans leur responsabilité sociétale. « Il y a environ 3 ans, on a vu arriver la RSE et le développement durable au niveau stratégique des entreprises. Le sujet est entré dans une phase de maturité ». « Au plus haut niveau de la gouvernance, on fait des choix orientés par les impacts et les objectifs » explique-t-elle. La RSE devient un enjeu de ressources humaines, et l’impact un important levier de motivation pour les collaborateurs. La RSE 1.0 est mort, vive la RSE 2.0 ! 

C’est ce qu’affirme Elisabeth Laville, fondatrice du cabinet de conseil Utopies en 1993 (membre B Corp France) « La RSE généraliste telle qu’on l’a connue est derrière nous. La RSE 2.0 va s’appliquer, à terme, à toutes les fonctions, s’effacer dans les différentes directions, à la manière de la transition digitale ». Plutôt que de RSE, Isabelle Sultan (Chief Sustainability Officer chez Parfums Christian Dior, Groupe LVMH après 20 ans chez Danone) aime parler de « Sustainable Business Transformation ».

De même, pour Cécile Colonna d’Istria, « Si réduire nos impacts reste essentiel, ne pas nuire ne suffit plus ». Comme le suggère le thème de cette 14ème édition du salon, le temps est celui de la Régénération, et pour réformer l’entreprise, il faut replacer l’humain et les collaborateurs au cœur des préoccupations.  

A travers 3 axes, la communication, l’action et la formation, comment les entreprises peuvent-elles impliquer concrètement leurs forces vives à prendre part à leur démarche RSE ? Voici quelques exemples d’initiatives.

La culture de la communication

Dans cette perspective, les entreprises utilisent plusieurs leviers tels que la communication. « L’impact positif d’une entreprise est devenu un atout essentiel pour l’image de marque et la marque employeur » explique Fanny Auger directrice de la Marque Nature & Découvertes et Membre du Comité de Direction et du Comex de la Fondation d’entreprise Nature & Découvertes. « Les marques ont aussi un pouvoir d’inspiration et d’influence qu’elles doivent davantage exploiter » précise Isabelle Sultan. Toutes les parties prenantes peuvent être de formidables ambassadrices de la stratégie RSE, y compris les clients. 

Des solutions émergent pour permettre aux entreprises de sensibiliser et pousser leurs collaborateurs à s’engager à intégrer les enjeux RSE dans leurs métiers. « La spécificité de la démarche cause/marque et son authenticité sont importantes » ajoute Elisabeth Laville. 

Les salariés s’interrogent sur la crédibilité et la sincérité de ces ambitions philanthropiques. De plus, sans preuves tangibles de changement et s’ils sentent pointer le “bullshit”, l’entreprise court à la démotivation et au désengagement. 

Pour être impliqué, encore faut-il comprendre ce que veut dire la RSE et comment elle s’applique dans les différents métiers. Il y a aussi une déperdition de l’information entre les managers et leurs équipes. 
« Si les pouvoirs publics informent les citoyens sur l’écologie, à l’échelle de l’entreprise, c’est difficile pour les gens de savoir comment devenir acteurs » note Marine Birot de l’agence Artistik Bazaar. « Il y a une vraie marge de manœuvre. Même si l’entreprise met en place des actions, il y a un enjeu de communication pour embarquer tout le monde. » 

Près de la moitié des salariés (45%) déclarent méconnaître la démarche RSE de leur entreprise selon le Baromètre « Les Salariés et l’entreprise responsable » 2020.

Milton : Une expérience collective pour animer la politique RSE de son entreprise

C’est de ce constat qu’est né le jeu et atelier Milton, co-créé par l’agence Artistik Bazaar et l’artiste Isabelle Daëron. Inspiré du fameux jeu de société Mille Bornes, les tonnes de CO2 remplacent le compteur kilométrique sur les cartes.

Milton
© Studio Idaë

Outil à la fois ludique et pédagogique, Milton permet de sensibiliser les collaborateurs aux enjeux qui leur sont propres et aux changements qu’ils peuvent apporter à leur échelle. A la fin de la partie (en présentiel ou via la plateforme en ligne), intervient le défi Milton. Cette session d’intelligence collective a pour but d’engager concrètement les employés sur une ou plusieurs actions à impact positif pour lesquels ils sont décideurs et porteurs.

Ensemble, ils doivent s’entendre sur des mesures concrètes à mettre en place et définir pour chaque action, des pilotes, chargés de communiquer, en interne, l’information aux bons interlocuteurs. La démarche collective donne du poids à la demande, qui a donc d’autant plus de chances d’aboutir. Ces actions peuvent aller du nettoyage de sa boîte mail à des changements de comportements (par exemple privilégier une conférence en visio à un voyage en avion. « Les salariés s’aperçoivent que leur impact, individuel et collectif, peut être énorme sur le bilan RSE de leur entreprise ».

« Milton doit permettre de désamorcer la croyance selon laquelle quand on pousse les portes de son entreprise on a pas de prise sur ces sujets là sans être dirigeant ou à la direction RSE. Il faut remettre les gens dans une position d’acteurs. »

Marine Birot de l'agence Artistik Bazaar (Milton)

Le passage à l’action

Le passage à l’action constitue un second levier de l’engagement des collaborateurs. 
Aujourd’hui, le numérique facilite les modalités d’actions, de mise en relation et permet de créer des ponts entre les entreprises, les associations et les insiders de l’ESS (Économie Sociale et Solidaire).  

D’un côté, les associations ont des besoins, des projets qui manquent de visibilité et de ressources, de l’autre, les entreprises et leurs collaborateurs sont en demande d’engagement. 

Wenabi : la plateforme qui dynamise l’engagement solidaire en entreprise

C’est pour encourager et faciliter le passage à l’action qu’est né Wenabi, plateforme qui fait le pont entre les associations ou entrepreneurs sociaux et les entreprises pour mobiliser leurs collaborateurs sur des missions solidaires.

« Les entreprises veulent mettre en place avec leurs collaborateurs des actions de RSE, mais elles manquent de moyens et parfois de savoir-faire pour les mobiliser, les entraîner avec elles dans cette démarche », constate Emmanuel Bentejac, l’un des 3 co-fondateurs de la plateforme.

Plateforme Wenabi
© Wenabi

La plateforme permet ainsi en quelques clics aux collaborateurs de contribuer à des missions proposées par les associations partenaires. Bénévolat, coup de pouce, mécénat de compétences, parrainage, dons financiers ou matériels, les formes d’engagement sont nombreuses et permettent à chacun d’y trouver son compte. 
La solidarité peut aussi être activée sur le temps personnel des employés, sensibilisés aux enjeux et aux solutions.

Emmanuel constate que la plupart des gens souhaitent s’engager mais ne savent ni où, ni comment. La plateforme leur donne les clés pour se lancer facilement, et à leur manière. Ils choisissent le type d’action, l’association et s’engagent en fonction de leur temps disponible. Les données récoltées et le reporting permettent à l’entreprise d’évaluer l’impact de son programme d’engagement. 

En 4 ans d’existence, Wenabi comptabilise déjà près de 130 000 heures solidaires, et les clients sont fidèles.
Une telle solution permet aussi de remettre
la Tech au cœur du sujet de la solidarité.

« La plateforme permet aux gens de se rencontrer, notamment dans les entreprises de plusieurs milliers de salariés, et de se retrouver autour de causes communes, d’actions collectives ».

Emmanuel Bentejac, co-fondateur de Wenabi Tweet

La formation : un enjeu d’avenir

Sur le temps long, les entreprises doivent promouvoir et encourager la formation. Pour Sylvie Bénard (ex Directrice de l’Environnement chez LVMH pendant 28 ans) et Caroline Renoux (Fondatrice du cabinet recrutement et de chasse de tête pour les métiers à impact positif Birdeo), il s’agit là d’un enjeu majeur pour l’avenir. Cécile Colonna d’Istria partage leur avis en précisant : « Il faut passer d’une génération sensibilisée à une génération formée ». 

« Les managers manquent de formation et de gouvernance sur les sujets RSE. Une révolution doit s’opérer au niveau des postes, des fonctions, des salaires » selon Caroline Renoux. Ils doivent davantage refléter l’ambition sociale des entreprises et de leurs futurs talents. 

Aujourd’hui, peu de formations généralistes proposent des cours approfondis sur le sujet. Pourtant, les métiers de la RSE et du développement durable exigent des compétences techniques, parfois scientifiques, au-delà des compétences métiers et soft skills. Il existe des solutions telles que les programmes en ligne Eco-learn, ou encore l’école LUMIÅ, qui propose un programme pour apprendre à vivre de son engagement dans le respect des limites planétaires et des principes du vivant. Pour les dirigeants, LUMIÅ Executive et Entrepreneurs d’Avenir proposent un parcours de 70h sur 7 mois «Changer de modèle économique & civilisationnel ».

Intégrer la RSE dans son métier

Outre les fonctions chargées directement de la RSE, presque tous les salariés peuvent avoir une contribution en la matière. Il faut les former pour les aider à transformer leurs métiers et les rendre plus responsables.
Caroline Renoux et Sylvie Bénard conseillent aux talents qui souhaitent s’engager de s’appuyer sur leurs compétences et leur terrain d’expertise. « C’est là qu’on peut faire la différence, il ne faut pas négliger l’importance de l’expérience et sa singularité, ne pas renier son parcours ». Il faut bien connaître le système pour le transformer, se demander, quels sont les enjeux dans mon métier ? 

Pour Sylvie Bénard, faire évoluer son métier commence par acquérir une culture générale sur les enjeux et développer les compétences recherchées (conduite du changement, méthodologie de la transformation…). L’équipe de Birdeo recommande quant à elle de se former via les nombreux MOOC disponibles gratuitement.

Christophe Bocquet, (Directeur Qualité, Conformité, SAV et RSE chez Chloé, Groupe Richemont) préconise de lister et de catégoriser les bonnes actions déjà en place ou en cours de déploiement, pour faire un état des lieux. Celui-ci va permettre de définir clairement la trajectoire et les objectifs de mission.

Isabelle Sultan met elle l’accent sur les études d’impact et les outils de mesure pour comprendre quelles sont les clés du changement dans son activité. Les dirigeants doivent donner plus de moyens, de temps et fixer des objectifs clairs à leurs équipes. Il faut prendre le temps d’expliquer clairement ce qu’englobe la RSE et comment l’appliquer au métier de chacun. La mesure d’impact permet aussi aux collaborateurs de prendre conscience des enjeux qui les concernent et sur lesquels ils peuvent se différencier.

L’entreprise de demain sera solidaire

Pour répondre à la demande croissante d’engagement et d’impact des futures recrues de l’économie, et à l’enjeu de la formation, AEF info et PRODURABLE lancent le 21 octobre à Paris le salon, TALENTS FOR THE PLANET. Son ambition, accélérer la transition écologique et sociale autour des métiers, de la formation et de l’emploi. 

Dans l’article « À quoi ressemblera l’engagement solidaires des entreprises en 2050 ? », Usbek & Rica (Le média qui explore le futur) parie sur l’avenir : « En 2050, l’idée qu’une entreprise puisse se préoccuper uniquement de ses intérêts économiques n’est plus qu’un vestige d’un lointain passé qui s’efface, et l’écrasante majorité d’entre elles sont désormais des entreprises à impact.» 
Enfin, « Grâce au numérique, l’engagement solidaire des entreprises est ainsi, en 2050, moins le reflet des préférences d’une poignée d’individus, et davantage un portrait fidèle des préoccupations de la société dans son ensemble.» 

La montée en puissance de la RSE 2.0, ces quelques initiatives et toutes les solutions qui permettent de façonner l’entreprise solidaire, sont des réponses concrètes aux enjeux dont nous devons nous inspirer pour que la fiction d’Usbek & Rica devienne réalité.

Merci à Cécile Colonna d’Istria, Marine Birot, Emmanuel Bentejac & à tous les intervenants pour leurs témoignages.

Sixtine Fenard

Tu souhaites en savoir plus sur les modèles d’entreprises engagées ? Découvre nos articles sur l’économie partenariale, également issus du Salon Produrable, et sur le mouvement Impact France

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