L'emballage à usage unique, vous trouvez cela chic ?

E-commerce, livraison de repas, produits pré-conditionnés en magasins… Difficile de ne pas remplir les poubelles de ces emballages à usage unique. Notre production de déchets augmente, et le recyclage ne résoudra pas tout. La 4ème édition du changeNOW summit a été l’occasion de rencontrer des entreprises qui s’engagent face au fléau du conditionnement à usage unique. Emballages et colis réutilisables, démocratisation du vrac, matières compostables… ; tour d’horizon de ces innovations positives au service de l’environnement.

Tous unis pour un monde où l’emballage à usage unique reste l’exception et le réutilisable la norme

Article réalisé par Thomas Chambon

Publication le 17 juin 2021

Nos déchets sont en hausse mais leurs débouchés sont en baisse

En 2017, la production française de déchets ménagers et assimilés (DMA) représente 580kg par habitant. Un chiffre en hausse depuis 2015 : +3% en tonnage et +2% en kg par habitant (rapport ADEME p.36). Ces variations sont directement liées au dynamisme de la consommation des ménages. Autrement dit : plus nous consommons, plus nos déchets augmentent !

Il est difficile de connaître la part des emballages à usage unique dans les DMA, ni l’impact de la COVID-19 sur leur augmentation. Mais certains chiffres sont parlants. La livraison de colis a atteint 1,36 milliards de paquets en 2020 en France. Une hausse de plus de 12% liée aux confinements et à la situation sanitaire ! « Un colis c’est 20% de plastique, la version souple et très mal recyclée, et 80% de carton. Le recyclage du carton est limité à 7 cycles et est très consommateur d’énergie » m’explique Charlotte Dramet cofondatrice d’OPOPOP, une solution de colis réutilisables et consignés. 

Cerise sur le gâteau ? Depuis 2018, la Chine a décidé de ne plus accepter nos déchets plastiques et cela chamboule le marché mondial du recyclage. Nombre de nos déchets plastiques ne sont ainsi plus recyclés, mais enfouis sous terre ou incinérés. Et cela a des conséquences désastreuses sur notre environnement.

Les déchets que nous produisons se retrouvent dans nos assiettes

« Le sujet du plastique est un double sujet. C’est sans doute le matériau le plus innovant car il a des caractéristiques de légèreté et des propriétés barrières. Et cela a permis de réduire l’impact environnemental de nos modes de vie. En revanche, il a deux inconvénients. Le premier : une très grande complexité pour atteindre 100% de recyclage. Aujourd’hui on atteint seulement 30% en France. Le second : dès lors qu’il se retrouve dans la rue ou dans la nature, c’est un fléau mondial. »

Jean Hornain, Directeur général CITEO

Lorsqu’un déchet n’est pas recyclé, il est soit brûlé, soit enfoui dans le sol. Deux méthodes ayant des conséquences toxiques sur notre environnement et sur notre santé. En effet, avec l’enfouissement, les eaux de pluie s’infiltrent, produisant le lixiviat. Ce liquide toxique pollue nos sols et nos nappes phréatiques. Concernant  l’incinération, elle génère des gaz toxiques et polluants qui accélèrent le réchauffement climatique. Rien de très réjouissant… Et ce n’est pas tout ! Lorsqu’il n’est pas jeté dans une poubelle, un déchet plastique produit des microparticules par effet d’érosion. A peine visibles à l’œil nu, ces microparticules de plastique s’infiltrent partout, même dans nos assiettes !  

Pour conclure, le recyclage est une solution permettant de réduire l’impact de nos déchets. Cependant, cette méthode est très vorace en énergie. Elle doit donc être combinée avec une démarche de réduction du nombre de déchets. En effet, le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas !

Les emballages à usage unique font déborder nos poubelles

Un cadre réglementaire qui tient bon malgré la crise

Face à ces enjeux et grâce au lobbying de certaines associations, la législation évolue avec la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (loi AGEC). Promulguée le 10 Février 2020, cette loi vise la fin de la mise sur le marché des emballages en plastique à usage unique d’ici 2040. Et avant 2040 me direz-vous ? Les interdictions de mise sur le marché de produits emblématiques comme les pailles, les cotons tiges et autres « boîtes à kebab » se succèdent. Malgré la situation sanitaire et les réticences de certains industriels soutenus par des politiques de l’opposition, le gouvernement a tenu bon. 

Les citoyen.ne.s ont aussi le pouvoir de faire évoluer les lois. Une preuve ? La forte demande des consommateurs d’accéder à des produits en vrac se retrouve désormais dans le projet de loi Climat et Résilience. D’ici 2030, 20% des surfaces des supermarchés de plus de 400m2 devront être dédiés à des produits vrac. Ce projet de loi est actuellement discuté à l’Assemblée Nationale et nos députés semblent lui être plus que favorables. Mais malgré ces bonnes nouvelles, plus ou moins proches dans le temps, nous devons maintenir la pression auprès de nos politiques. Adaptons notre consommation lorsque cela est possible et réduisons au maximum nos déchets à usage unique.

« Sois le changement que tu veux voir dans le monde ! »

Gandhi

De mauvaises habitudes exacerbées par la COVID

La crise sanitaire que nous traversons a eu des effets sur notre consommation de plastiques et d’emballages à usage unique. En effet, l’année 2020 a été record pour le e-commerce, avec une hausse des ventes de 32% ! De plus, la restauration rapide produit 13 milliards d’emballages jetables et la livraison représentait 200 millions de repas en 2019 (les chiffres de la restauration rapide datent de 2012…). Nous n’avons pas de chiffres officiels sur l’augmentation des livraisons de repas liée à la COVID-19. Cependant, chacun est capable de mesurer sa propre consommation et celle de son immeuble. Il suffit de jeter un coup d’œil aux poubelles qui débordent dans la rue. Mais alors, la COVID-19 marque-t-elle la fin de nos efforts vers un monde sans emballage à usage unique ?

Nombres d’entreprises que nous avons rencontrées lors de changeNOW nous ont confié le contraire. Les professionnels sont de plus en plus conscients de ces sujets. Ils sont demandeurs de solutions réutilisables pour leurs emballages. Que ce soit pour les colis ou bien pour les livraisons de repas, la France regorge de projets combinant performance de l’offre et impact environnemental. Vous voulez en savoir plus ?

« Il n’y a pas que le recyclage dans la vie, il y a aussi les systèmes de réemploi. Chez CITEO nous soutenons une trentaine d’initiatives qui permettent de rapporter les emballages avec un système de consigne. Trouver des alternatives à l’usage unique fait partie des enjeux du futur avec des objectifs fixés par la loi AGEC : 5% en 2023 et 10% en 2027 des emballages devront être réutilisables ou réemployables. »

Jean Hornain, Directeur général CITEO

Les héros qui s’engagent pour notre confort et notre planète (par ordre alphabétique)

Bric à Vrac - Pour que tout le monde passe au vrac
Bric à Vrac a développé une solution technologique permettant d’automatiser le service des produits en vrac

Ils s’appellent Elise Rey du Boissieu, Flore Leenhardt et Samy Nastuzzi et œuvrent à la démocratisation du vrac dans les magasins. Leur démarche ? Proposer une solution technologique permettant d’automatiser le service des produits vrac. Cela dédiabolise ce mode de consommation et incite les magasins encore réticents pour des raisons sanitaires et économiques. Vous souhaitez en savoir plus ? Rendez-vous sur Bric à Vrac.

« Notre vision c’est de convaincre les magasins, par le fait que notre solution est fiable, bonne et rentable pour eux, qu’il faut s’équiper en vrac. Il ne faut pas le faire car la loi l’impose mais parce qu’il y a de bonnes raisons : c’est rentable, ça permet de supprimer du plastique et les consommateurs sont prêts à le faire si c’est bien fait. »

Elise Rey du Boissieu - cofondatrice Bric à Vrac
HIPLI - Les colis réutilisables et responsables pour les e-commerçants

Léa Got et Anne-Sophie Raoult ont développé HIPLI, un colis réutilisable dédié au e-commerce. Leur combat ? Les poubelles qui débordent de cartons et les e-commerçants engagés qui n’ont pas de solution pour les envois respectueux de l’environnement. Elles permettent à ces derniers de nous proposer des livraisons écologiques où le client s’engage à renvoyer le colis réutilisable en point de collecte. Pas de timbre à payer, il suffit juste de renvoyer le colis plié dans son enveloppe pré-affranchie ! Le colis HIPLI a moins d’impact environnemental qu’un carton standard dès sa seconde utilisation. Un colis rigide est en cours de développement pour les envois de produits fragiles.

HIPLI - Les colis réutilisables et responsables pour les e-commerçants (crédit photo Caroline Lelièvre)

« Il faut continuer à acheter raisonnablement car une des problématiques du e-commerce vient de la surconsommation. On a tous besoin de se vêtir et notre vision chez Hipli c’est d’aider à créer un monde où chacun peut continuer à vivre sans générer de déchets. »

Anne-Sophie Raoult, cofondatrice de HIPLI
Jean Bouteille - La vente liquide en vrac dans les magasins

Créé par Gérard Bellet, Jean Bouteille innove depuis 2014 pour faire émerger une société zéro déchets de la distribution à la consommation. Leur objectif ? Etre un incitant et un accompagnateur du passage à l’acte zéro déchet pour le consommateur afin d’ancrer le réutilisable et le bien manger dans le quotidien de tous les citoyens. Comment ? C’est très simple, le consommateur adopte une Jean Bouteille et la réutilise pour lutter contre les bouteilles à usage unique. Le réemploi des bouteilles permet d’économiser 33% d’eau par rapport à une nouvelle bouteille fabriquée, de réduire de 76% l’énergie consommée et d’émettre 79% de gaz à effet de serre en moins. Jean Bouteille, permet d’éviter 500G de déchets par litre grâce au vrac et au réemploi. Et Jean Bouteille continue à innover en créant Bulk for brands, afin d’accompagner les marques vers le vrac. Un partenariat fraîchement signé lors du changeNOW 2021 avec L’Occitane leur permet de s’étendre sur 25 pays.

Jean Bouteille - La vente liquide en vrac dans les magasins
Kerhea - Made from Nature

Lucien Kerisit est le fondateur de Kerhea. Son combat ? Substituer les ustensiles utilisant des produits fossiles par du végétal afin de promouvoir la réutilisation ou le compostage, en fonction du besoin. Une offre 100% végétale qui combine des produits réutilisables, des produits à usage unique compostables et la borne de collecte associée. Il propose ainsi une solution aux professionnels de la restauration mais aussi aux organisateurs d’événements. 

De plus, Lucien s’engage  pour accompagner les changements de mentalité. Kerhea intervient dans des établissements scolaires et participe à des événements sportifs pour promouvoir le zéro déchet. Un engagement fort que nous tenions à saluer !

« Kerhea prône le végétal en étant un maillon intermédiaire qui propose une gamme de réutilisable toujours issue du végétal. Nous essayons d’avoir une proposition de valeur qui soit la plus complète et la plus large possible en fonction des besoins. Il y a des restaurants qui ont besoin de réutilisable, d’autres qui vont rechercher l’usage unique mais issu du végétal. A chaque cible client un produit différent. »

Lucien Kerisit, fondateur de Kerhea
La Consigne GreenGo - La consigne en réseau

La Consigne GreenGo, créée en 2018 par Yasmine Dahmane et Lucas Graffran, lance son service depuis peu en restauration commerciale. Grâce à une application mobile, le consommateur peut accéder facilement à un réseau de restaurants qui proposent le service d’emballages réutilisables de La Consigne GreenGo. La nouveauté par rapport au marché ? C’est gratuit pour le client. Le client a juste à rapporter son emballage sous 14 jours dans l’un des nombreux points de collecte. Vive la consigne facile !

L’actualité de La Consigne GreenGo ? Ils sont lauréats d’un appel à projet lancé par l’ADEME, CITEO et la ville de Paris ! Grâce à cela ils s’implantent dans le 10eme arrondissement de Paris dans une cinquantaine de restaurants et une vingtaine de Franprix.

La Consigne GreenGo - La consigne en réseau

« Nous voulons créer le premier réseau de restaurants sans emballage jetable. Pour cela, nous devons maximiser nos points de collecte pour simplifier le retour des emballages : restaurants, bornes automatiques appelées « collecteurs » chez Franprix, mais aussi dans des lieux publics : dans les gares par exemple. »

Yasmine Dahmane, CEO et co-fondatrice de La Consigne GreenGo
OPOPOP - Le 1er colis réutilisable et consigné
Antonin Grêlé-Rouveyre et Charlotte Darmet ont lancé OPOPOP en 2020

Charlotte Darmet et Antonin Grêlé-Rouveyre ont lancé OPOPOP en 2020, une solution de colis réutilisables et consignés fabriquée à partir de surplus français de matières imperméables de l’industrie textile. Leur innovation ? La consigne digitale, permettant aux consommateurs de ne rien payer si le colis est renvoyé sous 15 jours. Renvoyé comment ? Par La Poste, le colis est déjà affranchi et OPOPOP se charge de vous envoyer des rappels. C’est facile pour le consommateur et c’est la clé de l’impact environnemental : les colis réutilisables doivent être réutilisés ! OPOPOP est partenaire d’une trentaine d’e-commerçants alors n’hésitez pas à vous renseigner.

« L’éradication du plastique à usage unique nécessite une approche systémique : que les marques s’y mettre et que les gouvernements et la législation évoluent. Mais chez OPOPOP nous voulons souligner le pouvoir des consommateurs sur ce sujet. Concernant les colis, les marques avec lesquelles nous discutons nous disent qu’elles se penchent sur la question d’abord parce que les consommateurs le demandent et ensuite à cause du cadre législatif. Il y a donc un vrai pouvoir du consommateur sur le sujet. »

Charlotte Dramet, cofondatrice de OPOPOP

Le chemin vers un monde sans emballage à usage unique nécessitera des changements profonds. Que se soient nos habitudes de consommation, le cadre légal ou les produits mis sur le marché, nous sommes tous acteurs de ces changements. Pourquoi ? Parce que la planète et ses écosystèmes vivants ne sont pas à usage unique. De nombreuses entreprises nous prouvent que le réutilisable est profitable, pour nous et pour l’environnement. Alors engageons nous ! Et vous, l’usage unique, vous trouvez cela encore chic ?

Les défis qui entourent le zéro déchet t’intéressent ? Découvre également notre article sur les emballages réutilisables avec Dabba Consigne ainsi que le drive zéro déchet avec La Bocalerie ! 

Thomas Chambon

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